Les Bourggraff "Francs-hommes"

La décadence définitive de la Franc-hommanie au 17 siècle

  1. La diminution progressive du nombre des Francs-hommes.

Au 17e siecle, les enquêtes relatives aux francs-hommes sont de plus en plus fréquentes. Les princes tiennent à se rendre compte de l'application des ordonnances promul- guées précédemment. Les francs-hommes se sont-ils mis en règle comme an leur avait demandé? Telle était la question. Mais, le 17e siècle que l'on pourrait appeler le siècle des malheurs et des guerres, n'est pas pour les francs-hommes, celui de la bravoure. Ils auraient pu jouer pourtant un certain rôle militaire, mais ils préférèrent se mettre autant que possible à l'abri, eux qui tenaient à leurs privilèges, mais non à leur devoir. Dès qu'éclatent les premieres guerres du 17e siecle, leur nombre ne cesse de diminuer. Les princes, le Grand Conseil de Malines, le Conseil de Luxembourg et les prévôts eurent beau veiller au respect des lois. Rien n'y fit.

La fréquence des dénombrements du 17e siècle a des causes di­verses. Les passages et repassages continuels des armées alliées ou ennemies ont contribue à faire du 17e, le siècle des «calamites» et des misères. Innombrables furent les excès commis par les militaires espagnols (amis) français, hollandais, prussiens, etc., qui circulaient en tout sens dans notre duché. Aux razzias hollandaises du premier tiers du siècle, succedèrent celles des Français et des Espagnols. Plusieurs centaines de villages sont aniantis. Nos villes sont constamment attaquées. La misère est déjà générale lorsque la peste s'abat sur le duché et aggrave la situation. La circulation est reduite au minimum. Les paysans, les voyageurs, les marchands sont pillés, puis maltraités sans scrupule. Les Espagnols qui sont en garnison à Luxembourg, se livrent aux pires exces sur les villageois allant vendre en ville les produits qui devaient leur permettre de payer leurs trop lourdes contributions. ( 143)

(142) A.E.A. F. Conseil de Luxembourg. L. Les francs-hommes de 1471 à 1651. Confirmation des priviléges des francs-hommes d'Amberloup et Loupville, 10 juin 1602, et confirmation des priviléges (17 juillet 1608).

143) Que penser de ces soldats qui avaient pour mission de défendre le pays et qui, en 1669, attaquent des marchands de Stavelot se rendant à la foire de La Roche? L'épisode tragique mêrite d'ailleurs d'être conté: Le 15 avril 1669, environ 80 cavaliers de plusieurs compagnies logées dans la province, se liguèrent pour attaquer les marchands de Stavelot et d'autres endroits du pays de Liege se rendant à la foire de La Roche. Pour éviter d'être pillés, les marchands offrirent six escallins à chaque soldat. Les cavaliers refu-sèrent et devant les hésitations des marchands, foncèrent sur eux en tirant des coups de pistolets. Une bataille sanglante eut lieu. Pistolets, mousquets, épées entrèrent en action. Resultat: un marchand tué et plusieurs autres blessés, trois militaires tues et plusieurs autres blessés. Les militaires eurent pourtant le dessus et «emmenèrent 20 chevaux des marchands ainsi que la marchandise consistant en drab, souliers, estoffes et autres denrées partagées sur place». (144)

Dans la requête adressée au conseil à ce su jet, on peut lire: «les complices de cette violence si enorme sont cogneuz. Nous avons averti le gouverneur du duché, lequel répondit qu'il était censé ignorer ce vol, puisque ceux qui en avaient subi l'outrage ne lui avaient fait aucune plainte ». Les autorités locales étaient impuissantes à l'egard des militaires.

Les victimes de toutes ces atteintes n'osaient se plaindre, de peur des represailles.

A côte de tous ces malheurs, il convient d'ajouter la disette qui sévit à de nombreuses reprises. Les francs-hommes auraient pu, en ces circonstances malheureuses, rendre de grands services. Mais, ils préférèrent s'abstenir.

 Les enquetes du 17e siécle prouvent que les francs-hommes sont en déclin tant au point de vue numerique que «qualitatif». Le dénombrement de 1611 et le recensement de 1613, exécutés sur les ordres des archiducs Albert et Isabelle sont, vu leur précision, des documents de toute premiere valeur pour l'étude des francs-hommes.

E.A. F. Conseil de Luxembourg. L. Les Francs-hommes. Avis 1654-1675, fol. 86.

  • E.A. F. Conseil de Luxembourg. L. Les Francs-hommes. Avis 1654-1675. Avis 1654-1675, fol. 85.

 Au sujet du recensement de 1611, Gilles Bouvet, conseiller et receveur général des aides du duché de Luxembourg, reçut des instructions séveres. Celles-ci nous apprennent qu'il est chargé d'une enquête spécialement dans « les villes et prévôsté de Bastogne, mayerie du dit Bastoigne, seigneuries de Tavigny, Mont-Saint-Jean, Rachamps, Rollet, Lavaux (Laval?), la franchise et prévôsté de Houffalize, le comte de Salme, les seigneuries de Vis-soule et Alhoumont, la ville et prévôsté de La Roche, avec Bertoigne, les seigneuries de Dochamps, Marcour, Hotton, Soy, Grandhan et Hamtel (Hampteau), la franchise et prévôsté de Durbuy avec les seigneuries foncières indépendantes d'Aywaille, Harze et Ochain, avec la ville et prévôsté de Marche et seigneuries indépendans, Baurain, Han-sur-Lesse. [Vireulx], Le Walran, Esclay, Rendeux ban de Sclassin, Daverdisse, Sohier, Mirwart avec ses dépendances, etc... ». (145)

Le but de l'enquête demandée par les Etats du duché de Luxem­bourg était de «remédier aux plaintes et remontrances souvent faites sur l'inégalité des feux causans grande charge à aucuns de nos dits pays, à raisons des guerres» etc...

Les instructions adressées à Gilles Bouvet nous apprennent que le receveur général des aides devait être accompagné d'un commissaire délégue par les trois Etats. Ensemble, ils devaient se rendre dans les principales villes du duché et y convoquer les «officiers, même les mayeurs, échevins, sentenciers» dans le but de connaitre, sous la foi de leur serment, les noms de «tous et chacuns mannans et habitans nobles, gentilshommes francs et non francs, leur profession, qualité, office et moyens».

(145) A.E.A. Recorts et autres titres de la prévôté de Bastogne, rr 5.

C'est aux mayeurs et sergeants à vie qu'incombe la charge de la collecte de l'aide. En échange de ce service ils doivent demeurer exempts de l'impôt. Là où les mayeurs et sergeants n'existent pas, les «enquiteurs» nomment un collecteur de l'aide qui, dans ce cas, bénéficie lui aussi de l'exemption. Il est même loisible aux communautés de désigner à cet effet et, à tour de rôle, chacun des habitants, à la condition toutefois que la somme prévue soit integralement payée par la «dite communauté».

En ce qui regarde les «franchises et exemptions, Bouvet devra s'en tenir au réglement. Seront francs, ceux qui « méritoirement le feront aparoître par titre et témoign ages pertinents ». Et si, parmi ceux qui jouissent de franchises (soit de noblesse, fief, office de justice ou autrement) il en est qui «usent d'acte de roture ou méchanique, sy comme tavernier, chartier, cabaretier, louagier ou autrement, ils ne jouiront plus, à l'avenir, de la dite franchise». Si, par consèquent, les francs-hommes ne respectent pas scrupuleusement leurs statuts, ils deviendront «quotisables».

Les «échevins et gens de loy» demeureront francs, sauf s'ils exercent «acte méchanique». Quant aux hommes d'armes et archérs, même issus de la «noblesse, franchise où autrement» ils devront payer l'aide et «se peuvent bien contentés qu'ils sont exemps des contributions, logement des gens de guerre et autres charges». Les compagnies de ceux-ci ne doivent d'ailleurs pas se multiplier car elles le «feraient au préjudice de nos pays et de nos pauvres sujets». Il est entendu que ces hommes d'armes et archers ne peuvent rien faire d'autre que le «mestier des armes» sous peine de perdre leurs privileges.

On remarque encore, parmi les bénéficiaires de franchises: les 10 avocats les plus anciens du Conseil de Luxembourg. Mais «ceux qui se nomment arbalétriers seront taxables». (146)

Conformement à ces instructions, Gille Bouvet et son collegue procèdent à la nouvelle enquête

Ils sont à Bastogne le 25 juin 1613. Là, en présence du prévôt Pierre de Jalhea, ils convoquent tous les francs-hommes de la pré­vôté ainsi que les hommes de la Salle (jugeables et non jugeables) et «tous autres prétendans franchises et exemptions» tant pour connaître leur titre d'exemption que pour savoir s'ils acceptaient d'être déchargés du service ou bien s'ils voulaient le continuer.

Le 27 juin se présentent les francs-hommes de Hoffelt, Rondu, Hatte, Amberloup, Doncols, Bourcy, Loupville (Rechrival), Chaumont, Bastogne et Gouvy. Tous demandent à continuer le service. Mais comme beaucoup ne sont pas bien équipés, les enquêteurs les prient de se représenter après leur enquête à Marche, La Roche, Durbuy, etc... Le 10 juillet, ces francs-hommes se « montrent en beaucoup meilleur équipaige».

Les observations de Bouvet sont particulièrement interessantes. Il note que les francs-hommes sont très répandus dans les «mayeries» de Hoffelt et Rondu mais que quelques-uns seulement avaient les moyens d'être bien «mantes et équipes». Il constate que pour les deux mairies, il y en a 33 qui peuvent, à la rigueur, être maintenus. Tous les autres ont été ramenées au rang des contribuables. Il propose que certains francs-hommes maintenus puissent servir à pied comme cela s'est fait auparavant, en dépit « du 1.er affranchissement octroyé par le roy de Boheme». Selon l'avis personnel de Bouvet, ces francs-hommes sont utiles au duché de Luxembourg,

«environné de touttes parts par des provinces étrangères. Ils sont de peu de coust et résident dans leurs maisons et ont d'ailleurs pendant les guerres de France et des Pays-Bas montré ce dont ils étaient capables. Mais il faudrait les exerciter comme il convient, les passer à monstre trois ou quatre fois l'an et les faire armer de bonnes et longues arquebuses en bandeliere avec un pistolet et tel autre équipage qu'il est requis à un soldat à cheval pour faire service militaire, de les faire battre tantôt en campagne, tantôt contre les voleurs qui rôdent souvent en cette région et leur interdire de vendre leur cheval et enfin de les munir dune casaque de même couleur».

Les enquêteurs convoquent aussi les hommes de la Salle, tant les jugeables que les non-jugeables dont l'exemption provient «du sang, étant descendus de gentilshommes ou de prédecesseurs (parfois francs-hommes) qui ont été jugeables ou non-jugeables». Ici aussi, il y avait des abus et l'ordonnance de 1579 n'était pas toujours respectée. En cas de vacance, le candidat «jugeable» devait appartenir à l'une des 13 maisons reconnues nobles, et être désigné par le gouverneur, le conseil et le prévôt. Mais certains prévôts méconnurent purement et simplement cette clause. (147)

Voici, le «rolle des francs-hommes» qui se présent- erent à Bastogne le 10 juillet 1613.

MAIRIE D'HOFFELT (*):

CREINDAL: Michel Carphomme, b.m.s.

HOFFELT: Jean Brunne, a.b.m.s.: Cars Tournon, m.m.s., Pe­ter Lacher. m.m.: Jean Thies. m.m.; Paulus Barthel, b.m.s.; Theis Francq, bm.s.; Ercken Nelis, b.m.s.; Heris Michel, m.m.; Ruthes Jean, m.m.; Mouches Peter, m.m.: Jean Seruppe, m.m.s.; Jean Schlect, m.m..

Se présentèrent « à pied et pauvres »: Jacob Marx, Jean Cremer. Jean Clemens. Tunhes Jean.

WINCHERDINGEN: Theis Hans, Theis Herman, Paulus Hans, tous «mal montes».

(147) A.E.A. Recorts et autres titres de la prévôté; de Bastogne. (*) Abréviations:

  1. = monte (et equipe); m.m. = mal monte; s. = de service (fait le service); a.b.m. = assez bien monté; b.m, = bien monte; n.m. = non monte.

 HAMIVILLE: Hatard Lordey, b.m.

WINCKRANGE: Gerard Le Rousseau, b.m.

NIMERLAYE (Limerlé):

Les «bien montes»: Vincent Genin, Denis Fredrich, Jehan Bartholomy, Marthus Fredrich, Pierre Jacques, Antoine d'Absa, Renard Alison, Jean Watzee, Jean Malerbe, Nicolas Cleves, Jean Wathy Delgraffe, Jean Malcorps, Pierre Matthieu, Michel Masfige, Michel Pierra, Michel Penrich, Jehan Coppe, Jehan Wathy Coppe, Jehan Paulus (dit Canart), Henri Walthorps, Claus Henri, Jacques Cloes Jean. n.m., Ricalt Walton, Jean de Sprimont, Jean le Mignon.

Les «mal montes» et de «rate non franche»: Henry Jean Jehenne, Gregoire Lescrimeur, Jean Lallemand, Jean Mareschal, Hu­bert Jehenne, Jean Claus du Puys, Henri Wathy Coppe, Claes Collin, Antoine le maistre.

Ceux «estant à pied, par pauvrete»: Jean Jacque, Jean Mi­chel Lescrimeur, Thiry Jen Pieth (tambourin). Paulus le Parmentier, (semond les autres), Jean Michauld, Jean Renard, Guil­laume Genin, Henry le Pault, Servais Alizon, Pierre le Parmentier, Jean Martin, Gille Martin, Pierre Lallemand, Pierre Boisseau, Franchois Malkar, Michel Gaillard, Jehan Henry Maistre, Claus Melchior, Anthoine Cathon, Aubert Pouvet, Claus Atzingen, Clement Wathy.

 STEMBAYE (Steinbach):

Ceux qui sont «bien montes»: Nicolas Rousseau, Laurens Connar, Jehan Fiset, Jehan Piette, Jehan Malinez, Jehan Doffay, Pierre Sabeau, Jehan Philippette, Jehan Penot, Jehan Boset, Mi­chel Fiset, Henry Boset, Henry Remy, Servais Boset, Servais Si­mon le Jeune, Jehan Jehennette, Pierre Boset, Servais Simon, Jean-Pierre Sabeau, Henry Mallanee.

Ceux qui sont «mal montes»: Jean Michel, Jean le Brasseur, Jean Caso, Jean la Tiche.

Ceux qui se présentèrent «à pied par pauvreté»: Michel Jean La Tiche, Denis le Coppe, Servay Machuray, Martin La Tiche, Jean Coppe, Michel Urban, Pierre Machuray, Piette le Muldnier.

TROISNE:

Ceux qui sont «bien montes»: Peter Ranscop, Jean Scheutz, Claus Langnois, Le Grand Michel,Leuch Leonard, Jean Ronck, Jean le Couvreur, Rettenneyers Jean, Sondach Bourgraff, Pieter Scheutzen, Michiel Piquar, Nicol Virich, Patz Michiel, Lucas Kistger, Jean Heuzon.

Ceux qui sont «mal montes»: Weperich Langor, Fincetten Leonard, Jehan This, Henry Streuchen.

Ceux qui sont «à pied, par pauvreté»: Jean le Marechal, Theis Andreas, Wilhelmus Mathus.

MOINET :

Les «bien mantés» sont: Jean Arnould, Pierre Lamboteau, Henry Jean Thiry, Henri Collard, Henry Goffin, Vincent le Bourguignon, Piette Jean Griette, Henry Guillaume, Henri Grandjean, Jean Wetcquin et Willeaume Wetcquin.

Ceux qui sont «mal mantés et à pied»: Girard Gallair, Jean de Nives, Jean Gillette, Pierre Goffin, Henry Arnould, Jean Wathye, Henry Galost.

GOUVY: Lambert Bernard, b.m.

WILVERDANGE: Peter Erp, b.m.; Ebers Jean, m.m.; Marie Jean, m.m.s.

D'USLER: Leonard d'Usler, absent.

BELLAIN: Gaspar Jean, b.m.; Jean Goeulf, m.m.s.

MAIRIE DE RONDU:

RONDU: Bien «mantes»: Henri Gerard, Gerard le Mareschal, Jehan Lambotte, Jehan Wilroux, Callignon Antoine, Robert Batson, Jehan Forthomme.

Ceux «à pied»: Jehan Nicolas, Jehan Surleaux, Martin Pierre, Collet le Gamet.

LA NEUVILLE: Jehan de Magereux, Jehan Pouffreau, Girard le veuf, Gerard de Mohonvaulx, Jean de Remience, Francois le Maire, Collignon le Bouvy, Henry Gaus, Collignon Ransimont, Jean d'Oust, Jehan Gaulthier, Seuls, Jehan Duchesne et Jehan Lambert étaient à pied.

CHESNET: Collin Bodelet, Collignon Martin, Guillaume Lambin, Adam Pierret, Petit Jehan Grand, Collin le Couvreur, Callas Laurens, Pierre Jean Grand et, à pied, Godfrind le Par-mentier.

NIMBERMONT: Piere Franckin, Henri le Grand, Henry Beck (trompette), Henry Jean Goes et, à «pied et pauvres»: Henry le Mareschal et Henry de Blagny.

MAIRIE DE BASTOGNE:

LUTREMANGE: Jean Pieron, b.m.s.

SAVY: Jacques de Savy (d'après lettre du 5 juin 1606 est affranchi comme ceux du ban de Randu et de Hoffelt), b.m.s.; Jean Carabin, b.m.s.

MAIRIE DE HOTTE:

FAUVILLERS: Jean Lime, Pierre Militis, Jean Lenger, reconnus francs par le Conseil de Luxembourg.

HOTTE: Henri Thiry, b.m.; François Denui, m.m.s. STRAINCHAMPS: Sondag Militis, Arnould Collignan, MAIRIE DE CHAUMONT:

JUSERAIN: Jean de Lavacherie.

SURE: Jean de Sûre (prétend «être franc parce qu'il tient un fief de Mirwart, ce qui ne peut l'affranchir»)

JODENVILLE: Jean Hubert L'host.

ASSENOIS: Jean Goffa, caporal, b.m.s.; Arnould Jean Goste.

CHAUMONT: Jean fils Gosse de Chaumont. SALVACOURT: Robert de Stembaye, m.m.

MAIRIE DE BOURCY:

BOURCY: Jean Mathieu (fils de bourgeois), donc contribuable. Jean le Gofferlin, même qualité.

MICHAMPS: Jean de Roumont, «prétendu franc homme tenant la poste illecq».

BENONCHAMPS: Jean Cornet. b.m.s.: Herman de Benonchamps, n'est pas franc.

OUBOURCY: Jean Lambert.

LONGWILLY: Dimanche d'Oubourcy.

WICOURT:

Jean George, représenté par son gendre Jean de Lutrebois, est range parmi les contribuables.

Jean Colla, contribuable, Richard Herbey, id. Piera Jean de Bra, représenté par son gendre Jean de Juvigny du ban de Lierneu.

Jean Antoine: de qualité franche est continue comme tel.

FOIX (Foy): Henri Philippe, est «continue, à la condition de ne plus exercer trafique vile».

MAIRIE DE MALEMPRE:

Jean de la Tourre, prétendu homme de la Salbe, rangé « parmi les contribuables».

MAIRIE DE LOUVILLE:

RENUAMONT: Goes (Heinne).

CHISOGNE: Simon Pierra, Pierre fils de feu Jean Pierra, neveu du précédent.

 MAIRIE D'AMBERLOUP:

OREUX: Henri de Journal, m.m.: Englebert Jehan Jehan; Jadin d'Oreux, m.m.

SPRIMONT: Louis de Tonny.

THONNY: Gérard Michiel, Georges Nicolas.

THILLET: Jean de Ligniere (contribuable), Henri Paquet.

FLAMIERGE: Mathieu Georges (contribuable)

BERHAIN: Henri de Berhain.

SALLE: Jean de Bertoigne (contribuable).

TREMONT: Walrand Colla. m.m. (contribuable)

TRONSLE: Georges du Chemin (contribuable)

HERBEMONT : Hubert de Tonny (condamné par le Conseil de Luxembourg et rangé parmi les contribuables)

MAIRIE DE DONCOLS:

TARCHAMPS : Dimange Hubert, Henri Hubert, «sortis de servile condition».

LUTREBOIS : Jean Cawet, b.m.s.

DONCOLS: Jean Beltz et Michel Thies, contribuables.

 Le 30 juin 1613, Gille Bouvet dresse la liste des «francqs hommes se disans féodaux et allodiaux du comte de La Roche». Sont mentionnés: Piette Herbay, Robert Huart, Guillaume d'Ortheville, Pierre Jean Colla [de Roumont], Godfrin de Sechery [de Berisminil], Gregoire de Welreux, maire d'Engreux, Orban Hennet, Jean Duchemin [Nadrin] Jean de Roumont, Henri Mabouge [Nisramont], Henri Moirmont, Jehan le Chanron, Jehan Corbel de Roupaige, Jehan Gilet du dit Roupaige, Jehan Lowy de Lupoigne.

Tels sont les personnages qui détiennent les «seize francqz alloeuds du comte de Roche». Mais il y a encore « d'autres hommes de fiefs»: Pierre Dupont, Jean Baclin d'Orrho, Tobie de Herlanval (condamné à contribuer), Olivier de Villers, Jehan de Hosseuse, Jean de Cielle, Warnand de Jupille, Henry de Hamtey.

 Bouvet constate que le comte de La Roche comprend trois sortes d'habitants: les francs-bourgeois, les taillables et les hommes Monsieur. Ces derniers, ainsi qu'en témoigne un record du 6 fevrier 1561, sont «gens baptis et de serve condition».

En ce qui concerne les bourgeois, l'enquiteur fait remarquer que deux categories existent: ceux qui sont descendus en ligne masculine de bourgeois et ceux qui s'y sont alliés [en epousant des filles de bourgeois] depuis trente ans. Cette deuxieme classe est née d'une manière illégale. Il propose neanmoins de la conserver car elle peut être fort utile pour le service qui concerne l'entretien des murailles et des tours de la ville. Par contre, il flétrit une coutume néfaste introduite par les bourgeois acquireurs de biens appartenant aux « hommes Monsieur». Les biens de ceux-ci étant sujets à des redevances diverses (ex.: cens, rentes, un muid de grain par charrue) celles-ci ne cessent pas pour autant lorsque les nouveaux propriétaires sont des bourgeois. La redevance suit le bien. Don le bourgeois doit l'acquitter. (148)

(148) E. TANDEL, op. cit., T. V, p. 471.

 A La Roche encore, les prétendus francs-hommes de Compogne se présentent tous à cheval, malgre l'interdiction de «L.L. A.A. de les prendre à monstre». Une ordonnance des Archiducs les déclarait, en effet, contribuables.

Bouvet constate que «quelques uns d'entre eux sont de bonne apparence de pouvoir rendre du service en qualité des francs-hommes. En outre, la plus part sont compétam- ment garnis. Même, les prédécesseurs de l'un d'eux, à savoir Jean de Wicourt, sont estés annoblis par lettres patentes de feu l'empereur Charles-Quint, dont il nous at exhibé copie. Il est d'ailleurs un des plus opulens du lieu». Comme le prévôt estime qu'il «aurait besoin d'un plus grand nombre de gens à cheval», Bouvet suggère aux Archiducs de les retenir comme francs-hommes.

 Poursuivant sa randonnée, l'enquêteur arrive à Durbuy où il dénombre les francs-hommes suivants:

PALENGE: Charles Kaye, m.m..

TOHOGNE : Godefroid Depresseux, qui se prétend gentil-homme.

WERIS: Guillaume Moreau. à pied.

HEYD: Conrard de Briaulmont, frère du sieur d'Eneilles. Mal monte, bien que gentilhomme.

NY: Guillaume de Resimont, b.m.

PETIT HAN: Nicolas Martin, m.m.

MARTEAU: Lambert de Marteau vieux; Jacquemin du Marteau, m.m.

GRAND HAN: Henry de Briaulmont, gentilhomme; Jean Conrard, b.m., vieux; Jean Duchesne, mayeur de Durbuy, n´a pas comparu.

PETIT SOMME: Maximilien, sgr du lieu, n'a pas comparu; Thomas de Jupille

Le conseiller Bouvet ordonne ensuite aux «officiers de Neufchàteau de prendre à monstre les gentils et francqz hommes et autres obligez à armes et chevaux en cette seigneurie». Quant aux 18 arbaletriers de cette ville, ils doivent être taxés car ils ne sont point francs-hommes.

D'autre part, les bourgeois de Bertrix, qui dépendent de Neuf-château devront être séparés soigneusement des autres.

L'enquèteur s'applique encore à redresser certains abus. Ainsi, le village d'Alscheidt, non taxe précidemment, le sera désormais. Le nombre des compagnies d'hommes d'armes et archers ne devra pas être plus important que prévu, Interdiction est faite aux habitants d'Etalle (prévôté de Chiny) de continuer les ventes et coupes ordinaires de leurs bois d'aisance. Ils devront se contenter de l'usage pour leur chauffage et affouage. Il déclare sans fondement la prétendue exemption des «prélats et abbés et ceux de la noblesse, pour leurs fermiers, locataires ou censiers residens en leur basse tour, à moins qu'ils ne soient à leurs frais, pains et draps».

Les arbaletriers de Marche sont déclares contribuables. La seigneurie de Mohimont (terre de Mirwart) est taxée.

Il rappelle le réglement et la distinction des hommes de la Salle de Bastogne et flétrit les abus qui s'étaient « glisses à propos de la candidature et de la nomination en cas de vacance d'un siege».

Il rappelle en outre les noms des familles de «jugeables» et ceux des familles de «non jugeables ».

Les voici, en 1 6 1 3:

MAIRIE DE HOTTE:

Frafflis de Vaulx, jugeable.

STRAINCHAMPS : Jean de Trux, non jugeable.

MAIRIE DE CHAUMONT :

JUSERET : Robert Dumonceau, non jugeable.

COBREVILLE : Jehan de Riffenberg, residant à Morhet. jugeable.

   ASSENOIS : Hubert d'Assenois, seigneur du lieu, jugeable.

MAIRIE DE BOURCY:

WICOURT : Henri de Hosseuse, jugeable.

MAIRIE D'AMBERLOUP:

GIVRY : Jean Henrion, non jugeable.

OREUX: Hubert d'Oreux, jugeable.

SPRIMONT : Jean d'Ernuamont, jugeable.

Gilet d'Ernuamont, non jugeable (frère du précédent)

Jean de Troisne, non jugeable.

Gerlaiche Henri Gerlaiche, non jugeable.

THILLET : Henri de Renuamont (frere de Jean et de Gilet)mésaille et ainsi contribuable.

TRONSLE : Jean Collin, non jugeable, «souloit être francq homme».

FRESNOIS : Girard de Fresnois, non jugeable.

SALLE : Pierre de Posse, non jugeable, «mésaillie et trafiquant, donc contribuable».

TREUMONT : Robert de Laval, non jugeable.

FLAMIERGE : Jean Walrans, non jugeable.

FLAMIZOULLE: Jean Millart, représentant la maison Smol- pert de Flamizoulle, «comme ayant épouse la veuve», Jugeable et seigneur du lieu.

MESNIL: Poncin Massin, non jugeable, son père était franc-homme.

N.-B. — Voir Dumesnil de Stembaye (Steinbach). AVISCOURT: Jean de Herbemont, jugeable. HERBEMONT: Henri Ambroise, non jugeable. GRUMMELSCHEIDT: le seigneur du Iieu, non jugeable.

RECOIGNE: Jean de Liverdun, jugeable.

VAULX: Louis D'awans, jugeable.

NOVILLE: Jean d'Arimont, jugeable.

VILLEZ (Villers-la-Bonne-Eau): «Appartenans à leurs Altesses» Le Receveur de Bastoigne: jugeable.

BODENGE: Fredrich de Dave, seigneur du lieu, non jugeable. MAGERY: Jean de Magery, non jugeable.

WAMPACH (Oberwampach): Jean Servais, jugeable.

 L'enquête du conseiller Bouvet eut le mérite d'attirer l´attention sur les prétentions illicites de nombreux francs-hommes.

II a constaté que beaucoup s'intitulaient francs-hommes alors qu'ils ne l'étaient nullement. Un grand nombre n'ont plus les moyens suffisants de tenir leur rang et se présentent à pied.

D'autre part, pas mal de vrais francs-hommes n'accomplissent même plus le service militaire.

Pour la prévôté de Chiny, par exemple, 39 francs-hommes se présentent à cheval contre 71 à pied.

Dans la prévôté d'Arlon, 44 sont à cheval et 57 à pied.

La prévôté de Montmédy en compte 28, mais la distinction en­tre cavaliers et piétons n'a pas été faite par l'enqueteur.

En ce qui concerne la prévôté d'Ivoix, on dénombre 7 francs-hommes à cheval et 113 à pied.

Dans la prévôté de Bastogne la situation est la suivante: Mairie d'Hoffelt, 100 francs-hommes à cheval contre 68 à pied; mairie de Rondu: 30 à cheval et 10 à pied; mairie de Bastogne : 3 francs-hommes à cheval; mairie de Hotte: 7 francs-hommes à cheval; mairie de Chaumont: 7 francs-hommes à cheval; mairie de Bourcy: 5 francs-hommes à cheval et 7 à pied; mairie de Màlempré: 1 franc-homme à pied; mairie de Louville: 3 francs-hommes à cheval; mairie d'Amberloup: 8 francs-hommes à cheval et 6 à pied; mairie de Doncols: 1 à cheval et 2 à pied.

Pour l'ensemble de la prévôté de Bastogne il y a ainsi 165 francs-hommes à cheval et 92 à pied.

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Dans le comté de La Roche, il y 16 francs-hommes, mais on ne connait pas le nombre des prétendus tels.

La Terre de Durbuy compte 8 francs-hommes à cheval et 3 à pied.

Il convient d'ajouter que les arbalétriers de Marche et de Neufchâteau, c'est-à-dire 36 pour ces deux localités abusaient de leurs droits en se prétendant francs. Bouvet s'empresse de les rappeler à des meilleurs sentiments. Pas de franchise non plus pour les fermiers, locataires ou censiers des prélats et des nobles qui ne vivent aux «frais, pains et draps» de leurs maitres.

L'enquête de Bouvet nous apprend que les vrais francs-hommes du duché étaient environ 320, contre 372 qui prétendaient avoir cette qualite. Les souverains et le Conseil de Luxembourg avaient donc agi sagement en ordonnant des enquêtes et en prenant des mesures radicales. Il convient pourtant de faire remarquer que Bouvet avait une certaine sympathie pour les francs-hommes qui remplaçaient «à bon compte des soldats». Son avis a. semble-t-il exercé une influence sur les Archiducs, puisque ceux-ci décidèrent de « continuer les privilèges» à ceux qui se remettraient en ordre. C'est ce que prouve la «monstre des francs-hommes de la pré­vôté d'Arlon, prise en ce lieu en 1626». (°)

Voici leurs noms, que on pourra comparer avec ceux du dé-nombrement de 1613:

ANLIER : Jean de Sprimont, Pierre de Sprimont, Nicolas de Sprimont, Nicolas Mathieu, Jean Sondach, Jean Herla, Jean Mathieu le jeusne, Jean Henrion Collet, Jean Henri Mathieu, Nicolas Martin, Jean Olivier, Claude Martin, Henri Robert, Guillaume Liene, Jean Franchois.

BEHEME: Lambert Bodange, Jean Wathie, Jean Fenal, Colin Lienard, Thiery Colas, Martin Thierion, Colas Pierot, Henri Colin Hubert, Henry Thiery, Lambert Leonard, Jean Lienard, Henry Piete, Jean de Rulle.

LOUFTEMONT: Jean de Hotte, Guillaume d'Assenoy, Piete de Marbehan, Jean Colin Lambert, Jean Henrion Bodange, Jean de Hotte le vieux, Jean Collignon, Jean Fenal aisne, Lambert le Petit (mayeur de la Neuveville), Henri Wathie, Jean Hennequin, Henri Lambert (archier ), Jean Mathieu.

(*) A.G.R. Fonds Arenberg, farde 4646, f. 683. En 1628, on relève des francs-hommes à Laherie, Montplain champ, Nolinfaing, Le Sart, Menugoutte, Assenois. Ce relevé dit que les gentilhommes sont mêlés aux francs-hommes. On en compte 52 contre 155 bourgeois francs et 272 bourgeois taillables.

(149) A.E.A. F. Conseil de Luxembourg. L. Les Francs-hommes (1471­-1651). Liste des francs-hommes de la prévôté d'Arlon. 9 juillet 1626.

VALENSART: Jean le doulx le jeune (homme d'armes), Lambert le jeune Henry, Jean Thierion, Henri Girard, Jean Hinck, Hinck Jean Henrion (archier), Claude le grand Henry, Henri le grand Henry, Colas Petit Jean, Colas Musnet, François Lienard, Jean le jeune Henry (homme d'armes), Claude Martin, Collignon Martin, Pierre Wathie.

RANCIMONT: Jacquemin Pierson, Hinck Lambinet, Jean du Chesne, Jean Guillaume, Jean Deum, Salomon de Rancimont, Jean le Capitaine, Gerard de la Neufville.

THIBESSART: Jean du Sart, Jacquemin Hubert, Jean Claus, Jean Bon Taillant.

BERCHEUX: Hubert Colas Evrard, Jean Burneau, Frafflis Burneau, Jean Colas Evrard, Colas Thomas.

MASSUL: Nicolas Resnoy, Jean Resnoy, Gerard Thomas. Jean de Massu, Jean de Livarchamps.

TRONCQUOY: Godefrin Resnoy, Godefrin le Made, Jean Grand Jean.

LIVARCHAMPS: Jean le noble homme, Henri le noble homme. Jean de France, Jean Giltquin (à pied).

HOTTE: Jean Wathie, Henri Herna.

FAUVILLERS: Colas [Pechle],Piete Lienard, Piete Martin, Jean de Sous, Dimanche Pieret, Jean Sondach, Jean Thiery.

TINTANGE: Peter Schweitzer, Karpes Sondach, Thomas Je-
han, Greven, Johan.

GRENDEL : Mullers Henry, Kremers Sondach. SCOCKWEILER (Schockville) Juncker Jehan. HEINSTERT: Meyers Claus Adam.

PERREL (Parette): Claus Thomas.

PRATS (     ) Peters Henri (à pied).
REDLINGEN (Rédange) Henri Philippe. En tout, ils sont au nombre de 110. (149)

Mais, le 19 octobre 1651, le Procureur géneral donne son avis concernant les francs-hommes et constate, malgré la déchéance de nombreux francs-hommes, que leur nombre est « dèjà excessif et surchargé le peuple pendant les calamitez que la guerre produict». Il leur reproche de faire «moins de service que les aultres sujects ordinaires, lesquels chaque année sont obligez de faire guet et garde dans les villes et postes du pays et doivent supplier aux devoirs du soldat». Ces francs-hommes «s'exemptent, demeurans en leur

(150) A.E.A. Les Francs-hommes (1651). Franwis Pasquay de Tillet.

maison en pleine liberté, grossissans et s'enrichissans de la ruyne des aultres lesquels éstant accablez de toutes les charges sont obligés de leur vendre leurs biens pour piece de pain». Lorsqu' ils sont convoques à quelque « occasion survenante» sur les trois cents et plus qui se disent francs, il s'en trouvent cinquante ou soixante, la plupart montés sur chevaux de labour. Leur «employ est inutil et veoires ridicul» quand an les compare à des soldats «soit a monstre de leurs personnes, de leurs chevaux, leur posture et maintien quand vient l'ennemy». Ils «ruynent les quartiers et villes où ils se trouvent». Et « le malheur est que ce tiltre militair et de gendarmerie ordinaire du pays» leur a permis d'être maintenus bien qu'ils fussent « dommageables soit au pays, soit au service de Sa Majesté». Le Procureur propose de supprimer ceux qui, bien que véritablement francs, n'accomplissent pas le service comme ils le doivent. Ils «achaptent tous les héritaiges    des aultres lesquels, étant ruinés, se retirent du pays et n'y reviennent plus». « Beaucoup d'ailleurs se fourrent dans la noblesse quoique leur condition soit roturiere», tandis que leurs «voisins étant pauvres gens et ignorans sont souvent engagez de toute leur fortune envers les francs-hommes, ne sachant distinguer les raisons qui leur donnent affranchissement».

« D'où arrive qu'on voit divers quartiers de ce pays remplys de ces gentillastres qui transmettent laffran chissement à leurs descendans pratiquans des attest- ations mêmes des jugemens par diver­ses sortes de ruses et moiens et ainsy la vraie noblesse est en effet prostituée, le peuple surchargé».

Voilà certes un réquisitoire sévère contre les francs-hommes. Malheureusement au cours du 17e siècle, malgré les exemptions des impôts «ordinaires et extraordinaires» beaucoup négligent sciemment de faire leur service. (150) Les autres jouent un certain rôle militaire qui nous est connu par le procés «intenté» à leur capitaine: Pierre-Ernest de Bergh.

  1. Le proces de Pierre Ernest de Bergh, seigneur de Calpoch.

Pierre Ernest de Bergh... un personnage de roman? Un Don Quichotte doublé d'un escroc? II semble bien que ce soit l'opinion du Conseil de Luxebmourg et surtout celle du procureur general. Pour celui-ci, Pierre Ernest de Bergh, sieur de Colpach et originaire de Châtillon, est un flatteur et un effronté tour à tour. Mais c`est un homme qui sait ce qu'il veut. Pour atteindre son but. tous les moyens sont bons. le mensonge compris. Cet homme ment comme il respire... Toutefois, il ment à propos, toujours quand c'est son interêt. Pour Pierre Ernest de Bergh le mensonge n'est pas un vice. Il n'a pas le sentiment de faire mal. Tel serait, s'il fallait en croire le procureur général, le portrait de celui qui fut «domestique» du comte d'Emden et devint «Capitaine de la Com­pagnie des francs-hommes». (151)

On connait l'opinion que le Conseil de Luxembourg et le procureur général se faisaient en 1655 des francs-hommes en général. Elle se resume ainsi: «les francs-hommes furent crées il y a plus de 300 ans par les comtes de Luxembourg». A cette époque, seuls les vassaux et «sujets» faisaient le service. Les comtes choisirent bon nombre de sujéts de cette province, (dans les prévôtés d'Arlon et de Bastogne) leur accordant certaines franchises et exemptions, notamment «l'ayde» à la condition qu'ils serviraient leurs maîtres avec chevaux et armes. Ces exemptions et ces charges devaient se transmettre de père en fils et être limitées aux familles qui «avaient été premièrement choisies». II était interdit aux francs-hommes de se «mésallier» et d'exercer un metier. Ils dependaient des officiers civils de leur résidence c'est-à-dire: les prévôts.

Mais la multiplication des francs-hommes s'accentua davantage au 17e siécle, conséquence des manoeuvres de Pierre Ernest de Bergh. L'attitude de celui-ci est jugée très sévèrement par le Conseil et par le procureur. Ils lui reprochent par exemple d'avoir voulu militariser» les francs-hommes, en les «réduisant en corps de compagnie ordinaire». A l' insu du conseil, du procureur général et des prévôts, il manoeuvra avec une telle ruse auprès du comte d'Emden, qu'il obtint le titre de capitaine. (152)

En militarisant les francs-hommes Pierre Ernest de Bergh escomptait les «garantir de l'emprisonnement et de la rançon à la-quelle les habitans du pays sont sujets étant prins». De l'aveu du conseil et du procureur général, ce but « d'éviter une forte rançon à des hommes qui n'étaient pas considerés comme militaires» était fort louable. Mais il fut «mal pratiqué et employé à dessein tout contraire».

Par ses agissements, Colpach n'a fait que troubler le pays, la justice et le gouvernement.

En devenant capitaine, il s'attribua d'une maniere illegale le commandement militaire des francs-hommes et la juridiction sur ceux-ci.

  • E.A. Recorts et autres titres de la prévôté de Bastogne. F. Conseil de Luxembourg: Avis rendus par le Conseil et par le procureur général (1654-1675). Les francs-hommes d'Hoffelt.
  • E.A. Recorts et autres titres... fol. 19 et 20.

 

Pour des raisons diverses, ces francs-hommes accep- terent de bonne grâce le chef qui leur était... donné.

En devenant militaires, comme les autres, ils étaient « distraits de la condition de sujetz et de la justice ordinaire du pays et de la cognoissance du conseil». Beaucoup, d'ailleurs, chercherent la «liberté, le désordre et l'im- punite dans la milice». Encore fallait-il des autorités militaires, la reconnaissance de la nouvelle troupe militarisée. Mais ces autorites militaires, ne «cherchant que le nombre et l'extension de leur pouvoir, sans considerer les intérêts du peuple», ne mirent aucun obstacle. Des ce moment, Colpach put agir à sa guise. Il créa des francs-hommes nouveaux, exempta du service ceux qu'il désirait, abolit, «au-delà de toute croyance» les charges auxquelles ils étaient tenus, «tira illicitement le pain de munition à tiltre      ses soldats imaginaires, et les placquilles à charge du peuple pour sa personne qui ne sorte de son logis et pour ses chevaux qu'il n'at pas». (153)

Ces désordres indescriptibles ont amené les francs-hommes à ne «plus servir le roy», mais à agir uniquement dans leur intérêt.

Le Conseil de Luxembourg et le procureur Scouville décident de faire comparaitre Colpach devant ses juges. Le «trafique infàme» auquel il s'est livré ne plaide pas en sa faveur. Cest bien pour cela que le baron de Beck lui «quitte la fonction de sa charge». Colpach lui-même se plaignit un jour des «mauvais traitements reçut du dit feu baron». Celui-ci n'avait d'ailleurs rien trouvé de mieux que de remettre les francs-hommes sous l'autorité du gouverneur et des prévôts.

Après la mort du baron de Beck (1648), Colpach reprit ses intrigues. S'entendant avec les autres commandants militaires, et se basant sur la patente obtenue aupar-avant, sans bouger de son Lo­gis (Arlon). Il recommença son trafic. La compagnie des francs-hommes sombra à nouveau dans l'inutilité. Colpach fut cité en justice, mais le duc de Havre, gouverneur, fit surseoir à cette action. Néanmoins les gouverneurs qui suivirent, c'est-à-dire: Fran­cisco de Pardo et le prince de Chimay, malgré le «grand besoin d'hommes» se passerent des services de Colpach. De Pardo les utilisa une seule fois pour « courir piller ou brusler les terres du comte de Grandpré, en ressentiment de ce qu'il avait brûlé sa maison de Beaumont». Parmi la troupe levee par de Pardo se treu-vaient quelques franc-hommes «mal montez et ésquippez la plupart sur chevaux de labour qui firent le voyage pendant que les autres gens du pays gardaient les villes». (154)

(153) A.E.A. Recorts et autres titres... fol. 21.

A part cette intervention, modeste d'ailleurs, les francs-hommes ne servent plus à rien. Le procureur Scouville fait remarquer que si on veut les maintenir dans leurs privilèges il faut les astreindre dans leurs quartiers respectifs à lutter contre «les violences et les désordres des soldats du roy». (155)

Il n'est pas superflu d'a jouter que le colonel Longueval lui même se plaignit du mauvais service, de la desobeis-sance et des désordres de Colpach.

Celui-ci est encore accusé par le commissaire Piliart, d'avoir «tirré secrettement à son profit le pain de munition au nom des francs-hommes, qui n'en reçurent pourtant jamais».

La conduite de Pierre Ernest de Bergh devait cesser. C'est dans ce but que le procureur Scouville dressa un requisitoire severe à son          sujet. (156 )

Le procureur général adresse à «Pierre Ernest de Bergh seigneur de Colbach» une série de reproches... fondés. (157)

Il constate que celui-ci devint chef des francs-hommes après avoir trompé le gouverneur général. Les francs-hommes dit-il, ne sont pas soldats, mais sujets ordinaires du pays et obligés d'obeir aux lois. Ainsi, ils doivent se soumettre aux prévôts. Par contre, ils n'ont jamais eu de « soldes ny aulcun aultre payement, soit du Roy, soit du pays ». Ils jouissent simplement de privilèges et exemptions. « Colbach» n'est pas militaire et ses officiers, leutenants et caporaux ne le sont pas davantage. On peut les comparer «aux bourgeois et esleuz». Il prétend, poursuit le procureur, que le titre de compagnie a été donné à la troupe des francs-hommes par feu le baron de Beck «a raison du cartel venant a estre faict prisonnier». Toujours selon lui, le même de Beck l'aurait oblige à suivre sa troupe... à pied». Depuis la mort du baron de
Beck, «Colbach est demeuré en sa maison à Arlon, sans plus faire aucun service, ny s'être trouvé avec la trouppe quand elle a été commandée, et que depuis lors il n'at plus ny cheval ny équipage».

 E.A. Recorts et autres titres... fol. 20 (verso).

  • Il n'est pas inutile de rappeler ici l'attaque des marchands de Stavelot se rendant à La Roche, par des troupes du pays, attaqué dont il a été question plus haut.
  • E. Recorts et autres titres... fol. 20-21-
  • A.E.A. F. Les Francs-hommes. Dossier: Pierre Ernest de Bergh et les francs-hommes. Réponses au procureur général de Luxembourg.

 

En conséquence, le procureur général réclame contre le défen­deur une «amende de 500 florins d'or» et l'abandon de sa prétention «à ses quartiers, sur paine de saisyse de sa personne et ses biens».

Colpach s'inclinera-t-il? Acceptera-t-il, sans relever la tête, la sanction que le procureur reclame contre lui? Que non!

Avec un aplomb incroyable, il répond, point par point, au requisitoire de Scouville.

C'est exactement en 1636,     que la dite compagnie a été
creé et incorporée «dedans l'exercito». C'est à cette date que j'ai obtenu ma patente de chef et capitaine. C'est à cette date que furent crées les deux lieutenants et autres officiers avec leurs «soldes, gaiges et traictements, y compris ceux affectés aux francs-hommes». Ceci s'est déroulé devant les Chefs de l'armée que l'on peut encore consulter.

Le gouverneur a-t-il été vraiment influencé? Colpach lui a-t-il forcé la main ? Quelle plaisanterie! Pourquoi, lui qui a vu à diffe­rentes reprises la patente octroyée par S.A.S., a-t-il différé constamment «l'assignation des rations d'hiver»?

Les francs-hommes ne sont pas des soldats? Sait-on que depuis le «début de ces guerres [trente ans] , ils ont perdu plus de cent chevaux, tandis que cinquante hommes furent tues et un grand nombre d'autres faits prisonniers ?» Ceci, semble-t-il, fait «voir assez qu'ils ne sont pas seulement soldats de nom». Le défendeur reconnait que « luy et ses gens sont subiects aux loix du pays en ce qui regarde leurs biens et héritages, mais les actions personnelles ont estez par S. Majeste remises à la milice». Soudain Colpach s'emporte... «Il est vray, dit-il, qu'avant l'erection de la compagnie, les francs-hommes avaient les prévôts comme maitres, mais ceux-ci les considèraient comme des valets, ou plustôt comme des vaches à l'ait ». C'est pourquoi, ajoute-t´il: «des que je suis devenu chef, je les ai commandé par tout, à l'exclusion des prévôts, mais ceux-ci n'ont cesse de leur faire grand tort en les faisant adjourner, imposer des amendes pour leur interest particulier».

On ose prétendre que les francs-hommes n'ont jamais eu de solde «ny du Roy, ny du Pays» je prouverai, clame-t-il que «de temps immémorial et durant la paix, lorsqu'il était question de se servir des francs-hommes, en mesme temps que le gouverneur général leur envoyait les ordres pour marcher, il leur faisait parvenir l'assignation pour tirer leur subsistance dedans le pays, et cela s'est encore practicqué de notre temps».

(158) A.E.A. Proch de Pierre Ernest de Bergh. Ordonnance de l'Infant Ferdinand.

Colpach a d'ailleurs glissé dans son dossier une copie des patentes reçues du «Lieutenant gouverneur et Capitaine general des Pays-Bas» : Ferdinand, Infant d'Espagne. Il est dit dans ce document datant de 1636: «Nous avons donné et donnons par ceste charge et commission expressé à Ernest de Bergh s' de Colpach de retenir au service du Roy les francqz hommes du Pays et Duché de Luxembourg pour en estre chef et capitaine et avec iceux servir en l'armée de Sa M. et ainsy que par nous ou de nostre part luy sera commandé, aux gaiges, solde et traictement assavoir: pour le capitaine et son page, deux cents septante cinqz florins de vingt patars, monnoye de Brabant, aux deux Lieutenants et aux paiges chascun cent vingt cinq florins à deux trompettes un fourrier et un maréschal 22 florins 12 1/2 pattars pour chascun, au chapelain 30 florins par mois et à chascurn des francs hommes 15 pattars par jour à dater du jour de leur première monstre et aussi longtemps qu'ils seront au service de S.M.». Ils seront payes par «les mains des thrésoriers». Bien entendu que «moyennant les gages, solde et traictement, les francs-hommes ne pourront prendre, ni prétendre aucune autre chose soit à prétexte de service et fourrage ou autrement, sauf, qu'éstans en garnison ou logeans en quelque ville ou lieu, ils auront le logis et le lict l'estable pour leurs chevaulx. Fait le 22 janvier 1636.» (158)

Pierre Ernest de Colpach prétend qu'en vertu de sa «patente» la compagnie avait droit au pain de «munition».

Et il enchâine: «les francs-hommes ne peuvent jouir de leurs franchises, vu qu'ils sont exposez à toutes pilleries extorsions et logement, ne pouvant mesme tenir aucuns armes chez eux, ny équipaige, encore moins un bon cheval de monture, de sorte que n'étant même pas maintenus francs, ils pourraient être justement exemptes du service.»

Jamais, dit-il, je n'aurais accepté d'être le chef des francs-hommes s'ils n'avaient pas été rangés «parmi les militaires, car, autrement, les lois les traictent trop indignement». Pour devenir chef des francs-hommes, «j'ai d'ailleurs renoncé à de beaux advantages ».

Pendant qu'il a commandé la compagnie, les généraux l'ont toujours tenu pour militaire et il n'a eu les ordres que du gé­néral de cavalerie. Ceci démontre, dit-il, que le capitaine avec ses officiers et soldats doivent être tenus pour militaires et on ne peut les comparer aux bourgeois et «esleuz» des villes.

Sa patente datant du mois de janvier 1636, est antérieure à la «période de commandement du baron de Beck», il considère le rapport du procureur général comme tendancieux. Cela ne «peut avoir este fait que par des sinistres rapports sans que j'en aye peu avoir communication pour y répondre». En 1637, votre M., au courant des faits a ordonné au conseil de ne «prendre cognoissance des actions personnelles tant du capitaine que des soldats d'icelle compagnie. Le conseil ne peult juger sur les ordres qu'il ne donne pas, ny sur les actions militaires, desquelles il n'at pas aussi de cognoissance ».

On m'accuse «d'avoir commis quelque excès ou desservie »! La «calomnie est autant noire quelle est éloignée de la vérité». Si les faits allègues étaient vrais, j'eus été mis entre les mains de la justice du même procureur général qui «pour lors était substitut de l'auditeur Virons, lequel ne manquerait pas de déclarer s'il savait quelque chose». Colpach est prêt à prendre à témoins tous les auditeurs consécutifs.

La requête qu'il adressa à votre M. et dans laquelle il se plaint du fait que M. de Pardo n'ait pas fait appel à ses services prouve que ce n'est pas la coutume de marcher sans avoir eu d'ordre et aussi «qu'il n'appartient pas à un même procureur général de prendre semblable action a soy. Ce même procureur a encore moins de raison de luy reprocher de ne pas avoir eu de cheval, ny d´équipage et pour cela le prendre pour un criminel alors que le défendeur, s'est engagé, endetté et extenué jusques à l'extrémité. Veut-il luy défendre de demander la subsistance à S.A.S. pour pouvoir continuer ses services?»

Le défendeur prétend avoir « meilleur titres que tous les officiers d'hommes d'armes et d'esleuz, veu qu'il ne trouvera pas ung d'eux même de sa condition qui ayt continue ses services ä S.M. depuis 33 ans, qui ayt expose, perdu et abandonne ses biens, ny qui se soit relègue dans une maison de louage depuis 12 ans com­me luy, veu aussy qu’il n'est pas paye ensuite de sa patente, ny du traicte fait avec la compagnie, il luy doit entre loisible de solliciter le même traitement que la cavalerie du Roy et non seulement pour sa personne, mais aussy pour ses gens».

Le procureur général dit que la cour l'a obligé à faire comparaitre le défendeur. Celui-ci rétorque que c'est une injustice. Ils étaient trois à comparaitre, mais les deux autres « demeurent à leur quartier». Le procureur s'acharne sur le defendeur et reclame 500 florins d'or d'amende pour le faire perir, sachant bien qu'il ne pourra reunir cette somme.

En suite de sa conclusion, le conseil réclame le «saisissement de sa personne et de ses biens au cas où il prétendrait avoir droit aux rations lui assignées par le Prince de Chimay».

Ce «n'est pas moins cruel que de luy couper la gorge, consisidèrant ses sérvices déclarez ci-dessus».

Dans une deuxieme requete adressee au Roi, Pierre Ernest de Bergh de Colpach, chef et capitaine des francs-hommes de la province de Luxembourg rappelle à S. M. les actions militaires aux-quelles il prit part avec sa compagnie.

Il a servi le pays « depuis 33 ans en qualité de soldat, alfaire, lieutenant et capitaine au régiment du feu comte d'Emden pendant quoi il a participé au siége de Libstat et à celui de Sparenberg en Westphalie». Depuis lors il secourut Ritbergs, «menassé du Landgrave de Hessen». Aux côtés du comte d'Emden, il participa à la prise de Trèves «où l'archevecqz fut mis en sa garde jusques à ce qu'il fut mené de Luxembourg vers le Pays-Bas». Pendant la guerre contre la France, il fut «des premiers à trouver S. A. Royale à Louvain, pour lors investié des Hollandais et Français». Dépêché par S. A. vers le roi de Hongrie et le général Gallas pour avoir du secours, il s'aquitta de sa mission avec «une diligénce extrême». Il rencontra «le roi de Hongrie à Hebbrone et Gallas à Wormbs ». Rentré dans le Luxembourg le comte d'Emden l'employa à remettre «en déffence» la ville d´Ivoix. Il accomplit promptement cette tâche, «faisant remuer la terre, sans argent ni assistance d'ingenieur, ayant maintenu ce poste contre toute surprise de l'ennemi un an et plus, avec peu de gens, conservant la frontiere à ses frais et despens sans en prétendre le remboursement».

Ivoix tomba neanmoins aux mains des Français après un siège de 18 jours. Mais Colpach accompagna Don Andrea Cantelmo lors de la reprise de cette ville.

Peu apres, celui-ci lui confia la mission de négocier la neutralité des terres de Sedan avec la duchesse de Bouillon. Nommé chef des francs-hommes, il fut envoyé par le baron de Beck devant Thionville afin de « reconnaître les endroits par où l'armée pourrait passer». Envoyé plus tard au secours de Thionville, il fit «telle diligence qu'ayant investy le chasteau de Russy [Roussy, 14 cavallerie et infanterie ennemie qui s'y trouvait fuct faict prisonniere». Ainsi, l'ennemi «n'estant pas averty de la marche de l`armée du Roy, il y fut entierement défaict, et la ville secourue». Sur ordre du baron de Beck, les 4.000 prisonniers faits à Thionville furent diriges vers la province de Luxembourg en attendant de les échanger avec ceux que les Français avaient faits lors du premier siege de cette ville. S'étant trouvé à Thionville, Colpach sortit avec la garnison, abandonnant ses biens. Il perdit de même sa maison de Volkrange, ruiné par la garnison qui l'avait occupée. Colpach a toujours «servi sur les frontieres et sur les ordres de de Beck», sans avoir eu «aucun quartier, prouffict, ny emolumens, mais au contraire, a loué des maisons pour sa demeure et entretenus ses chevaulx pour le service». Il se plaint ensuite qu'étant pour lors incommodée il ne peult plus continuer si S.M. ne luy donne les moyens de subsister».

Bruxelles, 13 novembre 1655, signe P. de Robiano. Une nouvelle requete adressée au Roi est une déclaration des traictement que Pierre Ernest de Bergh, sieur de Colpach a reçu depuis qu'il a assumé la direction de la compagnie des francs-hommes, faute d'un réglement et discipline en la dite compagnie, ce qu'il a voulu mettre par ecrit tant pour obliger les superieurs à y remédier comme aussi pour désabuser plusieurs personnes des mauvaises opinions qu'elles pourraient avoir eu concernant les continuels arrests et traversés qu'il a souffert du deffunct gouverneur général de cette province M. le baron de Beck ».

Dans ce document. Colpach retrace avant tout, d'une manière chronologique, les événements qui le «mirent dans la disgràce de Beck ».

Il rappelle d'abord qu'après avoir remis Ivoix en etat de défense, il reçut du comte d'Isemburg, commandant «des armes dedans la province de Luxembourg» l'ordre de marcher avec sa compagnie sur la frontière du costé de Chasteau Renaux». La compagnie refusa. Mais Colpach alla occuper le poste assigné avec quelques francs-hommes. Au comte d'Isemburg succéda don Andrea Can-telmo. Celui-ci examina la patente de Colpach et «le retint auprès de sa personne». Il l'envoya d'Ivoix — où il s'était retiré apres la prise de Dampvillers — « à la rencontre du duc d'Amalphis pour travailler l'affaire concernante le service». C'est à ce moment précis que le baron de Beck arriva dans «ceste province sur les ordres du duc d'Amalphis pour le mesme sujet ». Tandis que Beck était à Arlon, Colpach se trouvait à Givet où, apres avoir negocié, il fit « emboucher le dit duc avec don Cantelmo ».Colpach pense que cette entrevue est à l'origine de sa disgrâce. En effet, le baron de Beck, le rencontrant à St-Hubert, lui dit qu'il était «bien glorieux». Entretemps, il fut délivré à Colpach un mois de gage. Celui-ci fut distribue aux francs-hommes qui avaient fait le service. Les autres méritant le «plus grand chastois».

 En 1637, le baron de Beck vint, pour quelque temps, commander«les armes dans la province et employa la compagnie des francs-hommes y ayant eu quelque délinquant». C'était au capitaine des francs-hommes à intervenir, dit Colpach, qui déclare ne rien comprendre à l'attitude de Beck.

Lorsqu'en 1638, Beck revint dans le Luxembourg [qu'il avait quitté en juillet 1637 Colpach voulut lui montrer sa patente, mais il fut «rebuté».

Comme, en cette année les «mortalites et les trouppes des polonais et croates avaient ravagé le pays» la compagnie des francs-hommes étant mal en point, Colpach trouva bon d'envoyer au baron de Beck des officiers de la compagnie avec une requête le priant d'avoir certains égards envers les francs-hommes. La délégation fut très mal revue. Colpach se vit adresser « une lettre de reprimente » et fut accusé de «mutination ». L'auditeur, Viron peut être pris à témoin, dit-il. Dès ce moment, Beck «commençat à mettre le capitaine Col-pach en jeu, parlant mal de luy et allant jusqu'à dire qu'il tirait plus de prouffict de sa compagnie que deux honnestes capitaines des chevaux et un colonel».

Au commencement du mois de mai 1638, Colpach reçut l´or­dre d'aller à Virton avec sa compagnie. Il fut logé quelque temps au faubourg. Peu après, il fut envoyé en pays ennemi afin d'y piller «quelques villages». Colpach y délégua une partie de la compagnie, renforcée par des fantassins du régiment de Metternich. Lorsqu'il fut question de partager le butin, Colpach proposa de «tirer double partie pour un cavalier contre une pour chaque fantassin, selon la regle ordinairement admise». Mais les officiers d'infanterie, obtinrent de leur lieutenant-colonel Reichling un ordre de partager également. Le capitaine fit quelque difficulté sur «cette question indécise» entre les officiers, lesquels en vinrent aux mains avec le capitaine, sans que personne intervienne pour remédier à semblables querelles». Au contraire, les dits officiers « obtinrent, sous main, la permission de prendre quelques bestiaulx que la mère du capitaine avait encore en sa maison de Chastilon. Ils les auraient emmenés, si Colpach n'avait été prévenu par un ami qui lui permit ainsi d'intervenir à temps».

Or, à cette époque, plusieurs francs-hommes retour-nèrent chez eux. Etant à Virton, le capitaine reçut lui-même l'ordre de prendre congé durant quelques jours, mais comme «cela d'esrogeoit entiérement à son authorité, il fit mettre le solliciteur en prison, pour exemple». Le baron de Beck, averti, fit arreter Colpach et le détint en prison à Luxembourg, sans lui «faire connaitre le motif de sa détention». Depuis ce moment, dès qu'un franc-homme demandait congé, il l'obtenait sans que le «capitaine fust adverty».

En 1639, après sa détention, Colpach est invité à rassembler ses hommes au mois d'avril et est envoyé avec eux sur les frontieres. Après quoi, de Beck lui ordonne, sans l'avis du Gouverneur général de «donner monstre de sa compagnie». Durant la nuit de la bataille de Thionville, il est «envoyé investir le chasteau de Russy [Roussy] où il y avait cavallerie et infanterie». Comme le capitaine avait donne deux ou trois jours de conge à ses lieutenants, il est sevèrement réprimandé par Beck.

En 1640, au mois de mars, Beck ordonne encore au capitaine de retourner «sur la frontière avec sa compagnie pour advertir de temps à autre le mouvement de l'ennemi ». Mais, ayant appris qu'il était étroitement surveillé par les «services de Beck» il se plaignit publiquement du tort qui lui était causé et refusa d'envoyer à Beck les renseignements demandés. Ce fut sa perte. Désormais Colpach fut mis en «arrest auprès de la compagnie »et rem-placé par un lieutenant. Peu de temps apres, «toute la compagnie fut mise, elle aussi, en arrest». Beck convoqua alors les francs-hommes pour s'informer au sujet de Colpach. Ceux qui n'avaient rien à déclarer étaient rudement éconduits. Les francs-hommes qui, précé- demment avaient refusé d'obéir au comte d'Isemburg, furent convoqués aussi. Ils furent les «bien venus et Beck les caressait là où auparavant l'on ne pouvait les souffrir ni en bien dire».

Colpach ne se lasse de stigmatiser le ressentiment de Beck à son egard. Non content, dit-il, de «l'avoir [Colpach] laissé quelque temps dans l'armée, il le fit venir à Luxembourg pour en abbrever le pays et pour le rendre d'autant plus infâme, il fit venir aussi la compagnie devant la porte de la ville et luy ordonna de marcher avec icelle, toujours en arrest, ordonnant au lieutenant de le bien garder, comme s'il fust criminel et fugitif». Beck condamna ensuite Colpach à donner «le mois de gaige» à ces danquants [les francs-hommes qui avaient refusé le service auparavant] et le menaça de le conduire à S. A. Royale. Puis, il le somma de rédiger de sa propre main et à l'adresse de ces francs-hommes ayant manqué à leur service, une «obligation» que le capitaine dut signer sous la contrainte. L'hiver suivant, revenant d'une campagne avec plusieurs compagnies de Croates, Beck «chargea le village de Châtillon, ou plutôt la maison de Colpach, car le village avait éste brusli par les Croates et les paysans s'étaient refugiés dans la maison du capitaine».

De sa propre autorité, et contrairernent à la regle admini- strative, Beck rattacha le village de Châtillon à la prévôté de Virton et le chargea à douze «rations» au lieu d'une. Alors que les « pauvres suiectz se trouvant surcharges quittaient leur residence les uns apres les autres, et que le frère du capitaine était demeuri dans sa maison, Beck donna «main levie» aux Croates de «prendre le gentil- homme par la teste et de se faire payer de luy».

et allant jusqu'à dire qu'il tirait plus de prouffict de sa compagnie que deux honnestes capitaines des chevaux et un colonel».

Au commencement du mois de mai 1638, Colpach reçut l´or­dre d'aller à Virton avec sa compagnie. Il fut logé quelque temps au faubourg. Peu après, il fut envoyé en pays ennemi afin d'y piller «quelques villages». Colpach y délégua une partie de la compagnie, renforcée par des fantassins du régiment de Metternich. Lorsqu'il fut question de partager le butin, Colpach proposa de «tirer double partie pour un cavalier contre une pour chaque fantassin, selon la regle ordinairement admise». Mais les officiers d'infanterie, obtinrent de leur lieutenant-colonel Reichling un ordre de partager également. Le capitaine fit quelque difficulté sur «cette question indécise» entre les officiers, lesquels en vinrent aux mains avec le capitaine, sans que personne intervienne pour remédier à semblables querelles». Au contraire, les dits officiers « obtinrent, sous main, la permission de prendre quelques bestiaulx que la mère du capitaine avait encore en sa maison de Chastilon. Ils les auraient emmenés, si Colpach n'avait été prévenu par un ami qui lui permit ainsi d'intervenir à temps».

Or, à cette époque, plusieurs francs-hommes retour-nèrent chez eux. Etant à Virton, le capitaine reçut lui-même l'ordre de prendre congé durant quelques jours, mais comme «cela d'esrogeoit entiérement à son authorité, il fit mettre le solliciteur en prison, pour exemple». Le baron de Beck, averti, fit arreter Colpach et le détint en prison à Luxembourg, sans lui «faire connaitre le motif de sa détention». Depuis ce moment, dès qu'un franc-homme demandait congé, il l'obtenait sans que le «capitaine fust adverty».

En 1639, après sa détention, Colpach est invité à rassembler ses hommes au mois d'avril et est envoyé avec eux sur les frontieres. Après quoi, de Beck lui ordonne, sans l'avis du Gouverneur général de «donner monstre de sa compagnie». Durant la nuit de la bataille de Thionville, il est «envoyé investir le chasteau de Russy [Roussy] où il y avait cavallerie et infanterie». Comme le capitaine avait donne deux ou trois jours de conge à ses lieutenants, il est sevèrement réprimandé par Beck.

En 1640, au mois de mars, Beck ordonne encore au capitaine de retourner «sur la frontière avec sa compagnie pour advertir de temps à autre le mouvement de l'ennemi ». Mais, ayant appris qu'il était étroitement surveillé par les «services de Beck» il se plaignit publiquement du tort qui lui était causé et refusa d'envoyer à Beck les renseignements demandés. Ce fut sa perte. Désormais Colpach fut mis en «arrest auprès de la compagnie »et rem-placé par un lieutenant. Peu de temps apres, «toute la compagnie fut mise, elle aussi, en arrest». Beck convoqua alors les francs-hommes pour s'informer au sujet de Colpach. Ceux qui n'avaient rien à déclarer étaient rudement éconduits. Les francs-hommes qui, précé- demment avaient refusé d'obéir au comte d'Isemburg, furent convoqués aussi. Ils furent les «bien venus et Beck les caressait là où auparavant l'on ne pouvait les souffrir ni en bien dire».

Colpach ne se lasse de stigmatiser le ressentiment de Beck à son egard. Non content, dit-il, de «l'avoir [Colpach] laissé quelque temps dans l'armée, il le fit venir à Luxembourg pour en abbrever le pays et pour le rendre d'autant plus infâme, il fit venir aussi la compagnie devant la porte de la ville et luy ordonna de marcher avec icelle, toujours en arrest, ordonnant au lieutenant de le bien garder, comme s'il fust criminel et fugitif». Beck condamna ensuite Colpach à donner «le mois de gaige» à ces danquants [les francs-hommes qui avaient refusé le service auparavant] et le menaça de le conduire à S. A. Royale. Puis, il le somma de rédiger de sa propre main et à l'adresse de ces francs-hommes ayant manqué à leur service, une «obligation» que le capitaine dut signer sous la contrainte. L'hiver suivant, revenant d'une campagne avec plusieurs compagnies de Croates, Beck «chargea le village de Châtillon, ou plutôt la maison de Colpach, car le village avait éste brusli par les Croates et les paysans s'étaient refugiés dans la maison du capitaine».

De sa propre autorité, et contrairernent à la regle admini- strative, Beck rattacha le village de Châtillon à la prévôté de Virton et le chargea à douze «rations» au lieu d'une. Alors que les « pauvres suiectz se trouvant surcharges quittaient leur residence les uns apres les autres, et que le frère du capitaine était demeuri dans sa maison, Beck donna «main levie» aux Croates de «prendre le gentil- homme par la teste et de se faire payer de luy».

II fut ainsi contraint de quitter le lieu et de se retirer à Arlon. Les Croates étant déchainés, ils enlevèrent même les cloches de l´église et Beck lui-même ne parvint pas à les calmer.

Il fit ensuite dire à Colpach qu'il devait quitter la compagnie car ils ne parviendraient jamais à s'entendre.

Lorsqu'au cours de l'hiver 1640, les commissaires du roi vinrent passer les «monstres», Beck fit remarquer que Colpach était un faux capitaine et proposa un de ses parents à sa place. Les commissaires retinrent le nom du frère de Colpach mais celui-ci s'y opposa. Les commis saires hésitèrent à s'assurer les services du parent de Beck et rien ne fut fait.

En 1641, Monsieur de Rouverois, commandant «dedans la province» employa le capitaine Colpach et n'eut aucun differend avec hui.

En avril 1642, Beck revint et fit marcher la compagnie sur les frontières de France et de Hollande.

En 1643, Beck retourna à nouveau aux Pays-Bas et envoya Colpach à Luxembourg, croyant le «mettre en dissension avec le prévôt Monsieur de Tavigny», lequel voulait que «le capitaine fut sous ses ordres».

Mais Monsieur Behx « vint commander dans la province tandis que Thionville était assiegée où le capitaine s'alla jetter».

Au mois de mai 1644, il fit «aller la compagnie» à Strassen afin d'attendre le mois de juillet «pour convoyer ses foings de la parte de Reichling », voulut ensuite obliger Colpach à être sous les ordres d'un lieutenant colonel, puis le somma de se joindre avec un autre capitaine de la cavalerie, lequel n'était capitaine que «d'un an ou deux». Il sépara la compagnie en «quattre lieux et donna un poste au capitaine comme à un caporal».

Beck ordonna à un lieutenant d'aller «semondre tous les habitants de la frontière» tandis que Colpach fut obligé de rejoindre le d'it lieutenant.

En 1645, le colonel Reichling commanda la compagnie des francs-hommes. Colpach ayant fait cent prisonniers, Reichling fit venir les officiers à Luxembourg et leur fit avancer de l'argent par le capitaine. Comme celui-ci faisait certaines difficultes, Reichling menaça de mettre un jeune capitaine à la tête de la compagnie. Alors que Colpach voulait entrer chez lui, pour s'expliquer, Reichling le fit sortir de sa maison, avec menace. Au moment où les francs-hommes étaient en quartier à Arlon, Colpach ayant réquisitionné du fourrage, «le receveur fut averty qu'ils avaient à décharger ce fourrage dans sa prairie et, à coups de baston, leur fist déscharger le fourrage». La plainte adressée au colonel n'eut aucune reponse, si ce n'est le proverbe: « lorsqu'on veut ruiner un paysant, il suffit d'en envoyer d'autres».

En 1646, lorsque le marquis de Strozzy, «vint com- mander dans la province», le colonel Reichling tâcha de l'animer contre le capitaine Colpach, prétendant que les francs-hommes n'avaient aucun privilège et que «ce n'était rien de la compagnie».

« Ne pouvant rien éffectuer», il fit agir le procureur général, lequel fit «afficher des adiournements sur les portes de ville de Bastoigne et Arlon, comme si le capitaine et ses gens fussent fugitifs».

Comme l'ennemi se trouvait devant Arlon à la fin de 1646, le colonel Reichling voulant ruiner la réputation de Colpach, multiplia les médisances à son égard. Colpach se plaignit à Beck, sachant pourtant qu'il était à peine supporti de lui.

Beck, se trouvant aux Pays-Bas (1647), donna à Colpach l'ordre d'aller avec sa compagnie dans un château à la porte de Lu­xembourg pour «correspondre avec la cavallerie qui était tant dans la dite ville qu'à Arlon, le mettant hors du commandement de Reichling ». Se voyant frustré de son autorité, Reichling défendit à Colpach et ses gens de pénétrer dans la ville.

Lorsque le marquis de Strozzy revint dans le duché, il retira la compagnie du dit château et la «mit à Arlon». mais là, le receveur Reichling et le lieutenant prévôt voulurent lui faire payer les vaches que l'ennemi avait enlevées. Ils adressèrent dans ce but des plaintes au marquis de Strozzy et au procureur général. Le baron de Beck, «sans s'informer d'avantage envoya ordre à M. le marquis de Strozzy de mettre le capitaine en arrest et à l'auditeur, de l'arrester bien estroitement», mais ceux-ci. «ne trouvant juste, n'en firent rien».

Cependant, lorsque Beck revint dans la province avec une troupe, il ne «voulut voir le capitaine, ni lui parler». Il fit d'ailleurs savoir aux officiers et soldats que Colpach « ne serait plus guaire capitaine».

D'autre part, «s'estant formalisé que le dit capitaine n'avait esté arresté il confia la compagnie aux lieutenants ». En 1648, de Beck ordonna à d'Allamont de disperser la compagnie en trois ou quatre postes, sans tenir compte de l'avis du capitaine. Finalement, Colpach se plaignit du fait que les chefs militaires qui se servirent des francs-hommes les utilisèrent «pour couvrir leurs fautes». Il constate que la patente qu'il avait obtenue, n'a pas été observée et s'élève avec indignation contre le traitement lui infligé par Beck. (159)

Les reproches adressés à Pierre-Ernest de Bergh réel-
lement fondés? Telle est la question que l'on peut se poser, après avoir pris connaissance du réquisitoire du procureur général et de la défense de Colpach. Il y eut certainement de l'exageration de part et d'autre. Ainsi malgré les dénégations du procureur, Colpach avait bel et bien reçu du lieutenant gouverneur: Ferdinand Infant d'Espagne, la «patente de capitaine de la compagnie des francs-hommes». En vertu de cette «patente» les francs-hommes bénéficiaient du même statut que les soldats. Ainsi ils touchaient une solde, dépendaient de la justice militaire, sauf en ce qui concerne leurs biens. Ils ne relevaient plus des prévôts, mais de Colpach qui dependait des officiers supérieurs.

D'autre part, il ne convient pas de prendre à la lettre le récit des exploits que Colpach prétend avoir accomplis durant le commandement de Beck. Il est à peu près certain qu'il a fait de grandes choses, qu'il a fait son devoir. Mais il lui est arrivé de manquer parfois de docilité. On devine que Beck ne pouvait tolerer cela. Beck, l'homme juste, Beck, le grand capitaine qui s'éforça de remettre de l'ordre dans l'armé en y restaurant la discipline, l'obeissance devait fatalement se trouver aux prises avec Colpach. Celui-ci vecut des moments terribles. Il le reconnaît lui-même. Pourtant, vers la fin de sa vie, Jean de Beck ménagea quelque peu Pierre-Ernest de Bergh. Pourquoi ce revirement? On se le demande. Le grand capitaine avait-il été mal informé? Avait-il puni un innocent? Un innocent... Ce serait beaucoup dire! Il est cependant certain que Colpach avait été souvent chargé à tort. Si l'on veut bien se rappeler la mentalité de l'armée du 17e siecle, il sera aisé de comprendre les agissements inqualifiables des soldats, voire des officiers. Pour ne citer qu'un exemple: celui de Reichling. L'attitude de ce lieutenant-colonel envers Colpach parut tellement irreguliere à Beck, que celui-ci donna satisfaction à Colpach. En outre, même les grands généraux de l'époque ne furent pas à l'abri de tout reproche. On ne comprend pas, par exemple, pourquoi Beck permit aux Croates de dévaster Châtillon. C'est pourtant là un fait qu'il est impossible de nier. S'il fallait porter un jugement sur l´«affaire» Colpach, il faudrait le faire avec circonspection, avec objectivité. Que Pierre-Ernest de Bergh ait été bousculé, persécuté par d'autres militaires paraît normal, vu l´indisipline et le vice qui regnent dans les armés du 17e siecle. Il était logique, d'autre pari, que Pierre-Ernest de Bergh fût choisi comme victime par le procureur général et le Conseil de Luxembourg. En se multipliant d'une maniere illégale, les francs-hommes étaient... une ruine pour un pays déjà ruiné.

Faire le procès de Colpach, c'était donc faire celui des francs-hommes. Ainsi s'explique l'acharnement de Beck, puis des autorités du duché contre Pierre-Ernest de Bergh.

 (159) A.E.A. Dossier Pierre Ernest de Bergh et G. FRADCOURT, Jean de Beck, gouverneur du Duché de Luxembourg et comté de Chimy (1588­-1648) dans, A,I,A,L„ T, LXXVIII, 1947, pp. 45-117,

 Les derniers francs-hommes.

Le procès de Pierre-Ernest de Bergh constitue la phase terminale de l'histoire des francs-hommes. II symbolise l´hostilité des autorités civiles et militaires à l´égard de cette compagnie. La colère du peuple, miserable, affamé, ne tardera pas. Ainsi, en 1657, les «pauvrez ruinez et desolez suiectz de l' entiere mayerie de Hoffelt, remon- strent très humblement» que dans les villages de Steinbach, Limerlé, Hoffelt, Troisne, Moinet et autres lieux résident de nombreux prétendus francs-hommes. Les uns sont venus de «lieux non francqz» afin de jouir, avec leurs femmes, des privilèges des autres francs-hommes, sans jamais faire le service exigé d'eux. D'autres sont mésallies, font «grands trafficques», possedent des biens roturiers où exercent «art michaniques». De ce fait, ces hommes ont été compris au dernier dénombrement de feux. C'est ainsi que, à cause d'eux, le nombre de feux a été consi- dérablement augmenté. Mais voilà que, malgré les ordres reçus, ils refusent de payer leur contingent du quartier d' hyver» et de contribuer aux charges communes. Pour cette raison, les habitants des villages précités, adressent une requête qui a pour but de faire contribuer ces «usurpateurs», faute de quoi, les «pauvres et affligez habitants» seront «de fond en comble en ruyne et obligez d'abandonner leurs demeures».

Le prévôt d'Allamont intervient avec célérité et déclare déchus de leur franchise «ceux qui ne sont francs d'extraction» ou qui n'ont pas respecti les regles» imposées aux francs-hommes, à moins d'être relevés de cette déchéance par le Souverain. Il ordonne

(160). A.E.A. Conseil de Luxembourg. L. Francs-hommes (1651-1699). RequAte du 15 juin 1657.

en outre à tous ceux qui ne sont pas reconnus, de payer leur con-tribution comme les autres. (160)

L'intervention du prévôt d'Ardenne n'était d'ailleurs qu'une exécution des ordres émanant du prince de Chimay, gouverneur du Duché. Le 11 mars 1657, celui-ci avait sommi les francs-hommes d'Hoffelt qui avaient manqué à leurs devoirs de «contribuer aux charges communes» et de «loger les cavalliers de la compagnie de Monsieur le marquis de Consague».

La regression des francs-hommes s'accentue rapi- dement. Le dénombremint de 1656 en mentionnait 71 pour la private d'Arlon. En voici la liste :

BAN D'ANLIER :

ANLIER : Jacob Strainchamp, mayeur; Guillaume Dasprimont; Nicolas Robert; Jean Collin; Jean Gerard; Henry François; Lambert du Calle ; Henry Mathieu ; Henry Munet.

LOUFTEMONT : Jean François, Jean Bodange, François Richardt, Jean Henrion, Henry Fenna, Glaude Wauthier, Jean Martin, Pieron Didier, Pieron Jacquemin, Jean Grand Jean, Jean Bal­lon, Jean Conneraut, Jean Urbain le vieulx, Jean Urbain le jeusne, la vefve de Jean Bodange, la vefve Pieron de Liveraumont.

VALLANSART : Adam Gros Lambert, Jean le Gros Lam-bert, Henry Rossau, Jean Collin Lambert, Pierre Wauthier, Everard Warlemont (natif de Martillie) Henry Gerard, Climent Roussaux, Collas Warlemont, la vefve de Nicolas Petit Jean.

BEHEME : Jean Wauthier, Henry Pierar, Jean Martin.

RANCLMONT: Jean de Latou (r), François le Mayeur, Jean de Rulle, le vefve de Mohonvalle.

THIBESART : Jean Rober,. François Godtfried, Jean Olivier, Jean le Sassu, Jean Coppin, Antoine Nicolas.

BERCHEUX : Englebert Pasqui, Jean Marteau, Jean Thom-mas, Girard Jean Collas Everard.

LIVARCHAMPS : Nicolas Richardt, Piere Noblon. Jean de France.

FAUVILLERS : Jean Piere, Collas Philippe, Dimanche de Soye, Pieris Peter, Sondag Collas Philippe, Sondag Urbain, Nico­las Sondag, Henry Stasse, Jean de Soye, Jean Denecque.

HOTTE: Jean Horna, Nicollas Wauthier, François Mangin, Sondage Greest.

TINTANGE : Michel Schweitzer, Gielle Carppe.

PERELLE (Parette): Clommes Johan.

La disparition définitive des francs-hommes est proche. ainsi que le prouve la «Monstre, des franc-hommes prise par le procureur général du roy en son conseil provincial de Luxembourg le 17 aoùt 1669 au village de Martelange en présence du seigneur de Monceau lieutenant prévôt de Bastogne et Bettenhoven lieutenant prévôst d'Arlon le tout selon le dénombrement des feux de l'an 1659». Etaient présents pour la PREVOTE D'ARLON:

Jean Gregoire, capitaine; Robert de Massu, lieutenant; Jean Robert aussi lieutenant; Englebert Pasques caporal ; François de Marie par Jean Bodange son gendre: Claude Salomon; Jean de Rulles; Jean Guillaume de Rensimont; Jean de france; Jean Pierret; Pieter Dimanche Pieret; Sondag Collas Philippe; Collas Henry Collas; Jean de Soy; Sondag Urbain; Dimanche de Soy; Girard Jean Collas: Pier Thomas; Jean Horma : Nicolas Renoy; Jean Renoy; Jean Collin Leonard ; Henri Mathieu; Henri Meusnet; Claude Watier ; Jean Henrion est trépassé; Gerard Bodenge; Jean François ; Pierre Gerard; Jean du Sart.

Pour la PREVOTE DE BASTOGNE:

Jean Lieu FrarKois Pasquet; Henry Pasquet Henry Godfrin; Hubert Brehen (Berhain) ; Jean Jacques de Sprimont ; Jean de Nimbermont; Englebert Laurent; Reisers Sondag, absent: Jean du Fay; Denys Walton ; Jean Massige; Collas Wathier Coppet; Jean Sardel dit le Marchal; Piere Picent ; Martin Lucas; Jean Claus; Michels Peter, absent; Michel Piere ; Simon Toussaint; Jean Piete; Henry Rosseau; Pier Remy; Geray? Massuray; Jean du Fay; Michel Rindskop; Jean Hensen; Jean Bourguignon; Jean Gilles; Louys Noyet; Jean Robert Rodsen; Jean Forthomme; Henry Jean Goos; Henry Simon.

PREVOTE DE LA ROCHE :

Jean Mabouche; Jean Collas dit Moirmont; Jean Huart de Moriville; Guillaume Henry Lambert; Lambert du Pont du Moisny (Mesnil)

PREVOTE DE CHINY:

Pierre Pirembceuf; Nicolas de Bourcy; Jean Mahillon dit Se-rain Champs; Pierre le febve de Martue; Poncelet le febve de Martue.

PREVOTE DE NEUFCHATEAU:

Jean du Mont; Henry Conrodt; Remy Conrodt; Jean Fenal; François Philippe Lallemand; Jean Deum; Henry Olivier; Henry Jean Thomas. (161)

 Comme an peut s'en rendre compte, apres avoir ete au nombre de plusieurs centaines, ils ne sont plus qu'environ quatre-vingt.

Le 7 juillet 1670, les francs-hommes du Luxembourg sont condamnés et déclares contribuables. C'est ainsi que le 11 octobre 1671, ils furent «jetté aux charges publiques, mais malgré cela, ils s'adresserent à nouveau au Grand Conseil du roy à Malines et, en ce lieu, sont esté déclarés francqz et exemptz des aydesi accordees et à accorder».

 (162) A.E.A. F. Conseil de Luxembourg. Recorts ei autres op.cit., fol. 117 et suiv.

En 1673, les Etats du Luxembourg «remontrent» au roi que la plupart des francs-hommes «ne vivent comme il leur est prescrit dans leurs statuts et suggèrent à S. M. d'envoyer un informateur pour vérifier si les francs-hommes satisfont aux debvoirs qui leur incombent, afin qu'Elle puisse résoudre, pour le plus grand service de S. M. bien et soulagement de la provénce et que cependant, ils demeureront, nonobstant leur sentence, contribuables comme par le passe, car, suivant l'art. 18 de leur départ du 30 aoùt 1672 que Votre E. n'at pas esté tenue d'apostiller favorablement si, le Prince de Chima, ou Votre Excellence venait à faire quelcre nouvelle demande [de subside] à l'Etat, ou à leurs deputés, à la charge de la province. l'importance de la somme à quoy pourrait monter la dite demande serait défalquée et rabattue sur celle de 285.000 florins accordée par le présent départ». Autrement dit, les députes du Luxembourg font savoir au roi que s'il n'autorise pas la taxation des francs-hommes, ils devront réduire, diminuer la somme (285.000 fl.) accordée comme subside. (162)

Cette mise en demeure forcera donc le souverain à autoriser une mésure illegale: celle de la suppression des francs-hommes, suppression confirmée, rendue officielle et definitive lors de l'occupation française. Voici d'ailleurs un extrait du document prouvant ce fait d'une maniere formelle.

Repondant à la lettre du contrôleur général, daté du 24 juillet 1687, demandait des explications au sujet d'une ordon- nance rendue le 22 mars 1685 à la requite des habitants d'Anlier, Mahieu (Intendant) donne les raisons pour lesquelles il a obligé le sieur Robert à acquitter les taxes et toutes les charges qui lui étaient imputées au rôlle de la communauté:

    Le sieur Robert n'est annobli que depuis 1674. Or, M. de Charuel avait décidé lors de l'annexion du comte de Chiny, que seuls les gentilhommes reconnus comme tels veritablement ou annoleis avant 1611, jouiraient des exemptions. Ceci etait conforme à I'ordonnance du Roi du 4 mars 1671 et à ce qui etait observé dans le Barrois auquel le comte de Chiny avait été reuni.

  1. La «finance» qui avait permis sieur Robert d'acquirir son titre, ne pouvait le mettre sur le même rang que ceux qui ne doi-vent leur noblesse qu'à leur seul merite.
  2. Le nombre des personnes du pays qui se sont fait annoblir par semblables moyens «dans les dernires années qu'il a esté à l'Espaigne, où l'ong faisait argent indiférem- ment (sic) de toutes choses» doit nous inciter à ne pas créer des précédents qui amèneraient tous les nobles de fraîche date à reclamer leur franchise. Ils ont été encouragés par les recents arrêts du Conseil promulgués en faveur des sieurs Littart et Nadin, ce dernier étant chirurgien, puis échevin en la ville de Bastogne.

Cependant, un autre arrêt a déclaré le sieur Gerardin, annobli du village de Sterpigny en la terre de Houffalize, sujet aux charges communes. Mais cela n'a pas suffi à décourager les autres.

  1. Les habitants d'Anlier ont assuré Mahieu que le dit Robert «n'avait jamais jouy de la franchise en qualité de gentilhomme, mais bien en celle de franc-homme, éstant parvenu... à avoir la lieutenance de cette compagnie, dont ceux qui la composoient estoient obligez d'avoir des chevaux et des armes et d'estre pretz à marcher pour le service du Roy au premier commandement qu'ils en recevroient. Il y en avait nombre dans la province, lesquels pour ces obligations estoient afranchis, mais le Roy les en ayant dispenses despuis la reunion du pais. S. M. a juge à propos qu'ils y fussent répartis comme les autres. Ils n'estoient pas les seuls d'exempt. Il y en avoit une si grande quantité dans le pays lors que l'on y est entré qu'il n'y avoit presque que ceux qui estoient les plus misérables et qui ne pouvoient se faire valoir qui payassent. Mais toutes ces franchises ont pris fin et les charges sont à present distribuies généralement à tous ceux qui sont cottisables». (163)
  2. Rôle militaire et ressources des francs-hommes.

Au début du 15e siècle, une confirmation de privilèges émanant d'Elisabeth Görlitz, reconnait l'importance de l'aide fournie par les francs-hommes dans le conflit ayant opposé Antoine de Bourgogne à une partie de la noblesse luxembourgeoise revoltée. Elle precise, par exemple, que quatorze francs-hommes furent brûlés vifs dans «une maison forte à Limerle et loue la bravoure de ceux qui lutterent jusqu' à la mort pour defendre leur prince. ( 164)

 (163) A. N. Paris, série G/7 354/1687/n°10.

L'intendant Mahieu au contrôleur général des Finances. Luxembourg, 19 aoùt 1687. N. B. Communication de M. R. Petit, archiviste à Arlon.

 La politique de centralisation entreprise par les ducs de Bourgogne se heurta à une résistance resolue de la noblesse luxembourgeoise. Le duc de Brabant et de Limbourg, Antoine de Bourgogne, «avait épousé en juillet 1409, Elisabeth de Görlitz, nièce du duc de Luxembourg, Wenceslas, roi du trône des Romains et roi de Bohème. La dot avait été constituée par une engagère sur le Luxembourg, mais lorsque les nouveaux seigneurs engag istes avaient voulu se faire reconnaître, en décembre 1411, par la noblesse et les villes du duché, une violente opposition se manifesta». (165)

« A la tête de celle-ci se trouvait Huart d'Autel, haut fonctionnaire ducal et l'homme de confiance de feu Louis d'Orleans, et de Wenceslas de Bohème. Les nombreuses faveurs qu'il avait reçues de ce dernier, faisaient de lui un véritable potentat. Il n'est pas douteux que l' incurie dans laquelle les derniers Luxembourg avaient laissé leur terre d'origine, avait été considérée par lui com­me une preuve de détachement de leur part et qu'il avait espéré prendre le titre ducal».

La résistance luxembourgeoise necessita trois expeditions (janvier-mai 1412, juin- juillet 1412, juin -aoùt 1413). Malgre l'appui de certains nobles et des francs-hommes, Antoine ne parvint pas à réduire les revoltés. La convention signié à Clervaux le 24 aoùt 1413 portait que le conflit serait soumis à Wenceslas de Bo­hème dont la décision serait observée par les deux partis. Mais cette convention de Clervaux ne fut pas ratifiée par le seigneur du lieu, en l'occurrence Godefroid de Brandebourg. Le 27 aoùt, Thierry de Welchenhausen, prévôt de Bastogne, était prévenu de sa réponse négative. Et voilà qu'au mois de septembre «arrivait dans le Lu­xembourg l'édit de Sigis-mond, roi des Romains et de Hongrie, frère de Wenceslas. S'appuyant sur les dernières volontés de son père, Charles IV, et sur sa qualité d'héritier de la couronne de Bohème et du duché de Luxembourg, il invitait les Luxembourgeois à prêter aide et assistance à Huart d'Autel contre Antoine de Bourgogne qu'il qualifiait d' usurpateur». (166)

  • NEYEN, op. cit., p. 92.
  • QUICKE, L'intérêt, du point de vue de l'histoire politique, et écomique et financière, du troisième compte des expéditions militairres d'Antoine de Bourgogne dans le duché de Luxembourg. (1er septembre 1413 - 24 decembre 1414), dans Publications de la Section historique de l'Institut G.-D. de Luxembourg, vol, LXIV, 1930, pp 315-469.
  • QUICKE, op. cit., p. 316-319.

Des nouvelles dévastations ayant eu lieu, Antoine déclare la guerre aux principaux fauteurs : les châtelains d'Esch, (Jean de Brandenbourg), Bourscheid (Bernard 1 er) et Clervaux (Frédé­ric de Brandenbourg).

Antoine, qui a concentré ses troupes à Bastogne, les dirige ensuite vers la forteresse de Brandenbourg (Clervaux) au pied de laquelle deux ouvrages fortifies ont été édifies. Chacun de ces ouvrages devait contenir 50 hommes d'armes, 10 hommes à cheval, 45 arbaletriers, dont 20 à ses dépens et 25 aux dépens des villes luxembourgeoises.

Mais ce ne fut que le 14 décembre, à la suite de la rencontre à Bastogne des ambassadeurs d'Antoine et des mandataires des villes et des nobles soumis, qu'une partie des renforts demandés arriva à pied d'oeuvre.

La concentration commence à Diekirch le 16 decembre. Sont présents Erard de Gymnich, seigneur de Berbourg avec 20 cavaliers ; Gilles de Rodemacher, seigneur de Richemont avec 17 cavaliers; Thierry II de Welchenhausen prévôt de Bastogne avec 28 cavaliers; Conrad, seigneur de Schleiden avec 11 cavaliers; Jean de Zievel, prévôt de Chiny et d'Etalle avec 12 cavaliers; le prévôt d'Arlon avec 3 cavaliers; Winemar de Gymnich, seigneur de Dudelange avec 22 cavaliers; le prévôt de Thionville, 12 cavaliers. Ces Luxembourgeois furent renforcés par Scheifart de Mérode avec 72 cavaliers puis, dans la suite avec 116, tandis qu'arrivaient 72 archers d'Echternach et 19 hommes d'armes du justicier de Marche. Une autre concentration se produisit à Wiltz, avec la complicité du seigneur du lieu qui avait fourni 20 hommes d'armes. Bourcheid et Brandenbourg se trouvant «coinces» entre Wiltz et Die-kirch, les rebelles durent céder.

Pendant cette offensive, les garnisons des places fortes soumises avaient été renforcées; Durbuy 47 cavaliers, Bastogne 53, Chiny 18. La soumission des Brandenbourg n'était pas sincere. Aussi, à la fin de mars 1414 des nouvelles troupes commandées par les prévôts de Bastogne et Durbuy (Thierry II et Henri de Welchen-hausen) rallièrent-elles Wiltz. Une autre manoeuvre commandée par Renier de Berghe conseiller d'Antoine et par Andre de Mérode, châtelain de Limbourg, aboutit, le 24 juin 1414 à une rencontre avec les délégués de Jean de Brandenbourg à Houffalize. C'était une nouvelle détente. Thierry d'Engelsdorf, seigneur de Wildenbourg, ancien prévôt de Bastogne, se soumet. Bartholome d'Autel est fait prisonnier à Marche.

Des juillet 1414, redoutant une revolte générale et une attaque de la part de Sigismond, Antoine prend d'importantes mesures préventives. Tandis que Sigismond a convoqué à Coblence les délégués de la noblesse et des villes, Renier de Berghe est nomme gouverneur du Luxembourg. Il reunit à Arlon les prévôts de Bastogne et Chiny et leur donne les directives pour la defense du pays. Il s'installe à Luxembourg le 6 aoùt avec une centaine d'hommes.

Le 5 octobre a lieu à Bastogne une concentration de près de 350 cavaliers brabançons et luxembourgeois. Dans la suite, les 200 cavaliers brabançons s'installèrent dans le château de Luxem­bourg. Les 104 cavaliers du comte de Salm allèrent à Thionville. Cinquante cavaliers furent envoyes à Virton. Trente cavaliers allèrent à Ivoix et quarante à Durbuy. Ce déploiement de forces consomma à la diète de Heilbronn l'insuccés de Sigismond qui renonça à envahir le duché.

Il est à noter que les razzias des seigneurs de Brandenbourg et de Bourscheid s'exerçaient surtout dans la contrée de Wiltz et Diekirch. Est-ce pour celà, qu'aprés le départ de Sigismond, plus de 250 cavaliers demeurerent concentres à Bastogne ?

Les francs-hommes avaient donc pris part, aux côtés d'Antoine de Bourgogne et Elisabeth Görlitz, à la lutte opposant ces princes à une partie de la noblesse Luxem-bourgeoise révoltée. Nous avons mentionné en outre l'intervention des francs-hommes «devant Paris, Dinant et Liege, pour le compte des ducs de Bourgogne.

En 1522, ils sont declarés «bons compagnons de guerre ». A la fin de ce siècle, à la suite du duc du Maine, ils prennent part à la bataille de Dieppe et aux campagnes de Flandre, de Frise, etc., dirigées contre la France. (167)

Au 17e siècle, par contre, bien qu'on les considerait de plus en plus comme inutiles, an aurait tort de croire qu'ils manquerent tous à leurs devoirs. Il suffirait de dresser une liste de ceux qui tombèrent au champ d'honneur, ou de ceux qui se ruinerent totalement au cours du siècle de malheur, pour juger objectivement leur mérite.

Durant la guerre de trente ans et pendant les guerres de Louis XIV, la compagnie des francs-hommes participa activement aux opérations. En 1635 (26 mars), elle prend part à la prise de Trèves, qui s'etait livrée à la France peu aparavant. La France déclara la guerre à l'Espagne. Mais celle-ci répondit par une me-ure identique. Cette déclaration de guerre à la France fut publiée à Luxembourg et à Thionville le 23 juillet de la même annee.

 (167) A. NEYEN, op. cit., p. 92 et G. DONY, op. cit., p. 90.

A.E.A. F. Conseil de Luxembourg. L. Les francs-hommes. Confirmation des privilees de Rondu (1600) par Albert et Isabelle.

  Le comte d'Emden, gouverneur du duché de Luxembourg, reunit à Bastogne tous les cavaliers, gentilshommes et autres personnes capables de prendre les armes. Les francs-hommes n'échapperent donc pas à l'ordre de mobilisation. Les troupes levées sur place ne pouvant suffire à faire face à la menace francaise, le Cardi-nal-Infant réclama du secours à l'Allemagne. On vit ainsi arriver dans le Luxembourg le général Piccolomini, accompagné de Jean de Beck. Celui-ci revenait dans son pays d'origine après 15 ans d'absence. Comme il a déjà été dit, Beck ne tarda pas à entrer en conflit avec le capitaine des francs-hommes: Pierre-Ernest de Bergh, sieur de Colpach. Au fait, que deviennent les francs-hommes, au début de cette guerre contre la France? Tandis que les renforts amenés par Piccolomini — renforts composés de Croates, de Hongrois et de Polonais — dévastent d'une façon inouîe le Lu­xembourg, (168) les francs-hommes remettent en êtat de défense la ville d'Ivoix (Carignan) et montent la garde sur la frontiere jusqu'en 1637. Rappelons que cette année 1636 fut terrible pour notre duché: aux dévastations s'ajoutèrent la famine et la peste. Ce détail permet d'ailleurs de saisir l'importance du mérite des francs-hommes qui participèrent à la défense du pays.

La ville d'Ivoix tomba aux mains des Français le 13 aoùt 1637. Mais, quelque temps plus tard elle fut reprise, avec la collaboration des francs-hommes. Après quoi, la compagnie est envoyée devant Thionville « afin de reconnaître les endroits par où l'armée pourrait passer».

En 1638, elle est ramenée à Virton avec la mission de surveiller les mouvements de l'ennemi. Elle participe en outre au pillage de plusieurs localités français. Mais une bagarre surgit entre les francs-hommes et les troupes de Reichling. Là, prend naissance, la haine du colonel Reichling contre Colpach. Le colonel se plaignit à Beck. Celui-ci, sans prendre «trop d'informations» mit la compagnie en «arrêt». (169) En 1639, les francs-hommes sont à nouveau envoyés sur les frontieres. Au mois de mai de cette année, les Français assiègent Thionville. Les francs-hommes sont dépêchés dans cette direction. Pendant la nuit de la bataille de Thionville, ils s'emparent du chàteau de Russy (Roussy) et de sa garnison. En 1640, ils sont encore sur la frontière «pour advertir le mouve-ment de I'ennemi».

 FRADCOURT, op. cit.. p. 69. Non contents de rançonner l'habitant, de brûler les moissons, ils font la chasse aux malheureux qui se sont réfugies dans les bois. Ils s'ingénient à leur faire subir d'affreux tourments. De nombreux villages sont détruits de fond en comble. Tous les habitants de Lamorteau sont tues. Ceux de Meix-devant-Virton, au nombre de 500, sont massés dans reglise et brûles.

  • E.A. F. Conseil de Luxembourg; L. Dossier pierre-Ernest de Bergh, et G. FRADCOURT, pp. 80 et suiv,

 En 1641, sur ordre de Beck, la compagnie est mise en «arret». Mais la même armée (juillet 1639), Sedan annonce que les Français l´ont investie. Sur ordre du Cardinal Infant, le baron de Rouveroy dirige vers cette ville toutes les troupes disponibles ainsi que les francs-hommes. En 1642 au retour de Beck dans le duché ils sont envoyes «sur les frontières de France et de Hollande». L'année suivante, la compagnie se trouve à Luxembourg. Puis, en 1644, elle est repartie en quatre endroits differents. Lors de l'attaque française de 1645 les francs-hommes se distinguent en capturant cent prisonniers.

On retrouve les francs-hommes à Luxembuorg en 1647, tandis qu'en 1648, c'est-à-dire à la fin de la guerre de trente ans, ils sont à nouveau repartis dans le duché.

Ainsi, il est exageré de prétendre que les francs-hommes n'ont rendu aucun service.

Plus tard, d'ailleurs, le Prince de Chimay, gouverneur du duché fait encore appel à eux.

Le 11 septembre 1658, il demande à une cinquantaine d'entre eux de circuler dans le pays afin de requisitionner du fourrage pour leurs chevaux.

Le 7 juin 1667, alors que notre frontiere du sud était à nou­veau menacée, il ordonne au sieur Jean Gregoire, capitaine de la compagnie, de «semonsdre un chascun à son debvoir et de les obliger à s'equipper selon leurs obligations de chevaux capables et d'armes bonne et propres et de les amener de suite à Luxem­bourg». Peu de temps après, il ordonne encore au capitaine de pousser avec sa troupe vers la France et «d'aller se rendre compte sur place de ce qui se passe, car il parait que le marquis de Créquy est en campagne avec 500 chevaux et marche vers Luxembourg».

Le 11 novembre de la même année, le marquis de Créquy étant arrivé à Saint-Mard avec 1.000 chevaux, le Prince de Chimay écrit à Gregoire, capitaine des francs-hommes: «vous ferez très bien d'aller avec quelque cavalerie vers ce lieu pour le recognoistre de plus près et pour en prendre langue certaine et m'en avertir, sy vous venez a rencontrer quelques de ses trouppes vous pouvez les charger sans aucune arriere pensée et leur faire le plus de mal qu'il vous sera possible ». (170)

(170) A.E.A. F. Conseil de Luxembourg; E. Les franc-hommes (1651-­1699),

 Il est évident que beaucoup de francs-hommes évitèrent de «se montrer» pendant les hostilités. Toutefois, si l'on tient compte de la misere, des maladies et des dévastations qui accablèrent le Luxembourg pendant la guerre de Trente ans, il convient de ne pas les juger trop sévèrement. Beaucoup d'entre eux furent ruinés à tout jamais et dès lors incapables d'entretenir «armes et chevaux». En somme. cette guerre désastreuse a grandement contribue à l'irrémédiable décadence des francs-hommes. Abstraction faite de l'aneantissement de leurs biens, beaucoup d'entre eux revinrent de la guerre mutiles où estropiés. Beaucoup d'autres moururent au champ d'honneur. Ils nous est impossible de fournir des statistiques exactes. Toutefois, les textes donnent sur ce point, des détails revélateurs. Colpach pretend que depuis la guerre de France (1635-1648) la compagnie, forte de 350 hommes, «compta 50 tues et perdit plus de cent chevaux». Elle eut, en outre, de nombreux prisonniers. (171)

Le 12 juin 1657, Theodore d'Allamont, « grand prévôt d'Ar-denne» constate que parmi les francs-hommes d'Hoffelt, 25 prirent part à la guerre de Trente ans. Il fait encore observer que l'un d'entre eux a été tue à Maastricht au cours d'une bataille contre les Hollandais, un autre est mort de ses blessures, un troisieme est toujours prisonnier à Maastricht, après avoir perdu trois chevaux, enfin, un quatrieme a été blessé au service du roi. (172)

Que penser du cas de Vernel Habotte, franc-homme d'Assenois (terre de Neufchâteau)? L' interéssé participa à la prise de Stenay. «sous la direction du lieutenant-colonel Schrotz et, à Montmédy encerclée par les troupes de Turenne (1647) parvint à faire «entrer 150 hommes de secours passants au travers de l'armée ennemie qui fut obligée de lever le siège le jour suivant». Il fournit au Conseil de Luxembourg des preuves de ses affirmations. Ces preuves renferment une attestation du capitaine Antoine d'Assenoy, datée du 15 janvier 1653 et deux autres, respectivement du 13 avril 1656 et du 24 decembre 1657, signées par le prévôt et les feodaux de Neufchâteau. Le procureur Scouville lui répond nean-moins «qu'aucun Habotte ne figure ni sur les listes de francs-hommes, ni sur celles des gentilshommes». Le pretexte ? Habotte, qui était vrai franc-homme avait épouse une veuve de même qualité mais celle-ci avait été mariée auparavant à «deux bourgeois en 1 re et 2e noces». L'opinion de Scouville est assurement discutable car ce cas n'était pas prévu par le réglement des francs-hommes. D'autre part, ce procureur général ne fit pas toujours preuve d'objectivité dans ses jugements. Habotte était bel et bien un franc-homme. Le prévôt et les hommes féodaux de Neufchâteau avaient des raisons d'être mieux informés que Scouville. (173)

  • Voir plus haut: le proes de Pierre-Ernest de Bergh.
  • A,E.A. F. Conseil de Luxembourg; L. Les franc-hommes,

 On peut d'ailleurs multiplier les exemples. Ainsi, le lieutenant de la compagnie des francs-hommes, Jean de Masssul atteste, le 6 octobre 1657, que Jean du Mont, d'Assenoy (Neufchâteau) «était quartier maistre et s'est comporté en soldat d'honneur tant au siège de Maastricht qu'en guerre de Flandre, à la bataille du Prince Thomas où il s'a muntré valeureusement aussi à la prinse d'Ivoix et à Thionville où il aida don Petro de Savales à pénétrer au travers des ennemis».

Nicolas Gennin, dit Wathier, résidant à Hotte était «bien monti, et fort adroit aux armes, ainsi qu'il l'a fait paraitre sous le commandement du comte de Marchin ».

Henry Lambottay de Moynet a été fait prisonnier à Ivoix, tandis que son adjoint y trouvait la mort. D'autre part, son neveu a été tue en service commandé auprès de Florenville.

Henry Rousseau, de Steinbach, dut être «ampute d'un bras à la suite d'un coup de fusil reçu de l'ennemi français, proche de Doncherie».

Le père de Henry Duffaye, de Steinbach, a été fait prison-nier des Hollandais à Maastricht et a perdu plusieurs chevaux. Il «y eut mesme les pieds engelez et en est demeuré estrouppie jusqu'au jour où se reposant sur ses potents devant son logis, il fut attaque par une partie de Lorrains et misérablement tue d'un coup de pistolet au mitan de la rue pour n'avoir voulu quitter ses chevaux à la dite partie».

 (173) A.E.A. F. Conseil de Luxembourg; L. Les frans-hommes (1655­1699) document du 20 decembre 1657.

(*) Vernel Habotte, franc-homme d'Assenoy, terre de Neufchàteau, reconnaît avoir perdu ses titres, mais donne neanmoins des preuves irréfutables de son ascendance noble. C'est donc un noble devenu franc-homme. Ainsi, Jean Gregoire de Wicourt, curé de Harzy et collateur du Révérendissime Prince de Liege pour le doyaulme de Bastogne et notaire apostolique, ainsi que Henry et Pieron le noblehomme, tous deux bourgeois de Bastogne déclarent que Nicolas de Montplainchamps, residant à Assenoy (Neufchâteau) et son frêre Jean, demeurant à Mont-plainchamps sont descendus en ligne directe de Pierre Habotte de Wicourt annobli par Charles Quint le 25 février 1527 (lettres de Valladolid).

Il portait: d'argent avec un chapeau de deux vignes entre lassees au feuillage de cynoppe contenant trois grappes azurees et posées en triangle (2-1), le timbre glos en commun avec feuillage argentines et cynoppes couvert d'un châpeau entrelasse de 2 vignes soy croisant par 2 fois et remptant en forme de deux cornes portant trois grappes, comme à l'écusson. L'original avait été réalisé sur parchemin par Claude Derdach, notaire à Bastogne. Copie du 10 decembre 1605 signee à Bastogne par Meschur et Jan de Montmédy, echevin.

Ces exemples démontrent que certains francs-hommes n'hesi
terent pas à respecter leur engagement et à combattre heroiqu- ement pour leur patrie. Certes, les défections furent nombreuses. Mais les motifs de celles-ci ne furent pas toujours critiquables. (174 )

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